Quand une nuit de décembre une femme à accouché dans son jardin…

Quand une nuit de décembre une femme à accouché dans son jardin…

Posons le décor. La première fois j’y étais allée la fleur au fusil malgré une préparation en haptonomie formidable. Et se fût dur! non bienveillance de la sage femme, soutien fragile de mon conjoint, si bien que ça s’est fini avec force de médecin et de forceps et ventouse… bon quand ils ont sortis les instruments j’ai tout donné! Et limité l’impact de l’emploi de ces instruments.
Heureusement Louis ne garde aucune trace – pour le moins physique – de cette arrivée. Moi j’ai aussi tout oublié de cet événement, refoulant le traumatisme. Ne gardant que l’essentiel, le premier regard échangé avec mon fils – ses grands yeux noirs et profonds se plongeant dans les miens.

Alors 4 ans plus tard, on a pris les mêmes mais on a fait tout différemment et en mieux. Je suis d’abord retournée chez mon psy… Puis on a pris le temps de choisir un professionnel de confiance pour nous accompagner. Et finalement opté pour la sage femme rencontrée lors de ma rééducation du périnée. Avec elle on a posé des mots, sur ce qui c’était passé, ce qu’on voulait mais surtout ce qu’on ne voulait pas. Avec elle on s’est créé une solide boite à outil pour le jour-j. Pleine de conseils, de façon de souffler, de pousser, de positions, de mots/gestes pour pallier aux difficultés, aux angoisses. Et puis on s’est lancé!

J’avais en tête de, surtout partir au plus tard à la maternité, autant que possible se passer de péridurale (bon ça je m’étais bien garder d’en parler à l’homme) et surtout « être là » (car me rester la douloureuse impression d’avoir été absente à moi-même la première fois), vivre ce moment qui nous appartenait à mon conjoint et à moi.

A j-6 de la DPA, un mercredi comme un autre. Avec son tour au marché, chez le boucher, à la pharmacie. A choisir les fruits et légumes avec Louis, à patienter parce qu’il joue aux lego à la pharmacie, à le voir déguster un bout de saucisson généreusement offert. Un mercredi avec son cours de judo, ses ateliers créatifs (thème noël) et, son meilleur pâtissier!
C’est là vers 22h30 que j’ai ressenti la première contraction. Puis une autre quelques minutes plus tard. Là que j’ai téléchargé à la hâte une appli pour les compter. Toutes les 6/7 minutes donc, un début de travail en somme. Là que j’ai commencé à arpenter le salon et à m’accroupir à chaque contraction, en soufflant «comme il faut», en me relâchant tout comme il faut et en visualisant l’ouverture de mon col et la descente de bébé.
1h plus tard l’émission finit (et la déception du gagnant…) je suis allée prendre une douche. M’appuyant contre le mur, les genoux fléchis à chaque contraction. Avec l’impression qu’elles se rapprochent beaucoup – beaucoup trop. Avec l’impression que tout va soudain très vite. Mais avec peut être une appréciation déformée du temps, mon smartphone et ma super appli n’ayant pu me suivre sous la douche…

Sortie de ma douche je réveille l’homme en lui demandant ce qu’il à de prévu aujourd’hui parce-que je crois que c’est le jour-j. Il émerge, je m’habille, rassemble lentement les affaires et compte toujours les contractions – une toutes les une à deux minutes!! L’impression que tout s’accélère était donc bien réelle. Je lui demande d’appeler la nounou pour qu’elle s’occupe de Louis comme on l’avait convenu par anticipation. Il appelle, déplace la voiture et laisse le moteur tourner. La nounou ne répond pas. Il hésite. Je suis accoudé au comptoir de la cuisine genoux fléchis à chaque contraction, et je pense à bien respirer, bien me détendre et bien visualiser le col et bébé. Il insiste, s’agace, m’interroge, me presse de m’installer dans la voiture. Calmement je lui demande de gérer ça ,cet imprévu, n’étant pas en possession de tous mes moyens. On décide qu’il parte chez la nounou (moins d’une minute en voiture). Je patiente, je contracte, respire, lâche tout et visualise. Il revient au comble du stresse, personne ne répond! Je respire, suggère les voisins. Il repart. J’avale mes granules pour le stress. (Encore un truc de la sage femme parce-que j’angoissais de «perdre tout contrôle» comme la première fois, submergée par l’angoisse donc) Son angoisse est pas loin de m’envahir. Je tente de mettre mes chaussures, les met entre deux contractions. Avant de m’effondrer à 4 pattes près du fauteuil. Il est de retour, personne ne répond dehors, il est 00h45. Il repart. Je me noie dans la poche des eaux à présent rompue et pense « merde c’est sensé devenir encore plus douloureux ». Il revient, me trouve là sur le carrelage où j’ai commencé à crier ma douleur. Il m’aide à m’allonger sur le côté tout en composant le 15, devant l’urgence qui nous presse à présent. Il me propose de me porter jusqu’à notre chambre avec une douceur infinie. Mais je ne peux plus me mouvoir. Je le supplie de me tenir ma jambe surélevé alors que je suis couchée sur le côté et que lui échange avec le médecin du 15. Médecin qui chose curieuse finit par raccrocher en nous disant que les pompiers arrivent. Nous abandonnant à nous même.

Une première voisine finit enfin par arriver (dans l’urgence elle s’est fait une cascade au passage sur sa terrasse…), enfin quelqu’un peut aller rassurer notre aîné qui appelle dans sa chambre sans heureusement oser en sortir.

Louis n’est plus seul, nous ne sommes plus seuls! À plusieurs reprises j’insiste pour dire à l’homme que je sens que bébé arrive, qu’elle veut sortir, que j’ai envie de pousser. Il finit par entendre. Se décide à m’ôter mes chaussures mon pantalon et déclare « je vois sa tête ». Instinctivement je me mets sur le dos – pour faciliter la tâche du papa. Instinctivement il place ses mains – hésitant – encouragé par notre voisine. Et me dit « tu peux pousser ». Première poussée, la tête est sortie. Pause. Je lui demande de vérifier qu’elle n’ait pas le cordon autour du cou, je lui demande de lui parler. Deuxième poussée, c’est tout son petit corps qui suit – enfin 3kg80 excusez du peu. Il la pose sur moi, étouffe un sanglot, j’attrape mon bébé , m’agrippe à lui. Le temps qui s’écoule avant sa première respiration, son premier cri nous semble infiniment long, quelques secondes en fait. Quelques secondes pour une éternité . La voisine a couru chercher des serviettes. On l’essuie un peu, on l’enveloppe surtout. Je la tiens tout contre mon coeur enfin.

Clarisse est parmi nous.
Les pompiers arriveront 15 min plus tard.
Le SAMU encore 15 min après eux.

L’homme ne m’aura pas dit qu’elle avait effectivement le cordon autour du coup. Il a géré! Gagnant incroyablement ses galons de super papa.
La douleur, les points pour la petite déchirure, la mini anesthésie pour tout nettoyer, le tour dans le véhicule du SAMU, la jeune médecin larguée, le médecin du 15 qui raccroche, les pompiers bras ballants dans le salon, la nounou qui ne répondra jamais, la gamelle de la voisine sur sa terrasse dans l’affolement…tout ça restera anecdotique.

Ce qui est gravé dans le marbre. Ou plutôt sur notre carrelage flambant neuf posé des mains de l’homme lui même un an plus tôt. C’est notre rencontre incroyable avec Clarisse. Notre rencontre avec nous même, l’homme survivant à l’imprévu – moi réconcilié avec moi même. Le courage de notre fils d’entendre sa maman souffrir et d attendre qu’on vienne le rassurer. Son sourire et son coucou timide à sa sœur et moi avant qu’on nous amène à l’hôpital. La solidarité de notre voisinage.

Depuis on a notre petite notoriété dans le village. 30 ans qu’il n’y avait pas eu de naissance ailleurs qu’à l’hôpital le plus proche (10 min). Clarisse – comme Louis 4 ans plus tôt – a été honoré aux voeux du maire comme plus jeune de la commune. Et poursuivant un début dans la vie hors du commun notre puce a pris 2kg en un mois – la magie de l’allaitement.

L’histoire raconte à qui veut l’entendre qu’une nuit de décembre une femme à accouché dans son jardin…

Un sublime témoignage d’Audrey pour oummi-materne.com

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