SMAR 2016 : mon accouchement, entre traumatisme et violences obstétricales

SMAR 2016 : mon accouchement, entre traumatisme et violences obstétricales

En cette semaine mondiale de l’accouchement respecté, j’ai décidé de partager avec vous l’une de mes histoires de naissances. Depuis que cette troisième grossesse a démarré, j’ai enfin trouvé la force d’aller de l’avant, d’essayer de guérir cette blessure qui m’habite, issue de ce premier accouchement difficile. Pourquoi ce déclic, me direz-vous ? Car cette grossesse vient à peine de commencer et je me heurte déjà à mes appréhensions mais surtout à mes angoisses. Je suis consciente qu’il existe des naissances beaucoup plus traumatisantes mais chaque histoire, chaque blessure se respecte.

Il faut savoir que certains passages sont flous dans ma tête car la douleur m’a fait oublier des morceaux, par contre, d’autres sont bien visibles, encore à vif.

Nous sommes le lundi 7 avril 2014, j’attends mon premier bébé. Je suis suivie régulièrement pour de l’hypertension artérielle. Je décide de me présenter aux urgences gynécologiques avec mon mari, comme assez souvent ces derniers temps : je me sens mal et j’ai des maux de tête horribles. La sage-femme qui s’occupe de mon suivi rapproché m’avait ordonné de me présenter aux urgences si je me sentais mal. J’arrive en salle d’examen. Une sage-femme arrive, prend ma tension et sans surprise m’annonce une tension à 18. Elle me propose d’augmenter mon traitement, de l’avaler immédiatement pour voir si celui-ci va faire effet. Elle revient quelques temps après et constate que le traitement est sans effet. Elle appelle ma gynécologue et lui demande de me passer le traitement en intraveineuse directement. Quelques temps plus tard, elle revient et constate que ma tension monte, descend, bref, n’est pas stable, ce qui me fera gagner une hospitalisation.

Mardi 8, les sages-femmes testent plusieurs doses en intraveineuse pour essayer de maîtriser ma tension, me donnent des médicaments pour calmer mes maux de tête mais le problème restera le même.

Mercredi 9, ma gynécologue monte dans ma chambre pour venir m’expliquer la situation, mais surtout que, pour mon bien, mon transfert à l’hôpital sera organisé dès le lendemain matin pour pouvoir être déclenchée. L’équipe était tellement formidable… Ma gynécologue et la sage-femme qui me suivaient sont restées avec moi jusqu’à ce que je sois entre les mains des pompiers et ai quitté le service. J’aurais même de leurs nouvelles à la naissance de mon bébé.

Jeudi 10, comme prévu, je quitte la clinique pour l’hôpital à mon plus grand regret. J’arrive, on m’installe dans une salle d’accouchement et on « m’abandonne », mon mari n’étant pas encore arrivé. L’équipe médicale était surchargée de travail puisque la clinique envoyait les mamans chez eux – à ce moment, la clinique n’avait plus le droit de faire accoucher les femmes là-bas pour des soucis administratifs. Après un très long moment de solitude, une sage-femme arrive et me dit qu’elle va venir me poser un tampon pour déclencher le travail. On finit par me mettre dans une chambre à côté des salles d’accouchement et mon mari me rejoint. Une sage-femme arrive, pose le tampon et me dit qu’elle passera vérifier mon col de temps en temps pour voir si ça évolue. Malheureusement, elle reviendra. C’est une femme brutale, les touchers vaginaux sont extrêmement douloureux. Je lui demande de faire doucement, d’arrêter mais elle me répond simplement de me taire, que ce n’est pas si terrible que ça. Mais mes hurlements témoigneront du contraire… Pourtant croyez-moi, je suis loin d’être « chochotte ». Je passe ma journée dans la douleur, branchée de partout, avec l’interdiction de me lever. Le soir, la sage-femme revient et constate que ça n’a eu aucun effet sur mon col. Elle me pique une dose d’un médicament et je m’endors en quelques secondes. Soulagement…

Le lendemain, je demande à faire une douche, une sage-femme m’accompagnera jusqu’à la douche et me demandera de laisser la porte ouverte (oui oui, le service a vue sur mes fesses). Je fais un malaise après plusieurs jours sans avoir mangé ni bu. On me pose à nouveau un tampon et la même journée que la veille se déroule. Des douleurs incroyables, on me demande de rester sur mon lit. Ma maman échange avec mon mari, et prend le relais. Elle demande à l’équipe de me laisser aller me promener avec elle devant l’hôpital. L’équipe accepte, on va se promener ensemble. Prendre l’air me fait un bien terrible. Retour à ma chambre, la sage-femme revient avec son toucher horriblement douloureux mais ça sera le dernier : OUF. Un homme arrive dans ma chambre, se présente comme le médecin. Il a l’air beaucoup plus humain, plus attentif à mes douleurs, mais ce n’était qu’une apparence, car après les violences physiques nous allons rentrer dans la phase de violences psychologiques.

Il me dit que maintenant, il doit me poser une sonde urinaire, ce que je refuse catégoriquement. Je suis branchée déjà de partout, ce qui pèse sur mon moral, je n’en pouvais plus ; ajouter en plus une sonde, c’était hors de question ! Et là, il se met à me crier dessus, soutenu de la fameuse sage-femme en me disant : « Vous avez suffisamment de problèmes madame, vous n’urinez pas assez ! Votre corps est en train de lâcher et vos reins sont en train de suivre, vous devez avoir cette sonde sinon vous aurez de très graves problèmes ! » Mais même épuisée, j’arrive à lutter et refuser : « C’est hors de question ! Ça fait plus de deux jours que je suis là et vous ne m’avez pas apporter un seul verre d’eau, voilà pourquoi j’urine peu ! Apportez moi à boire et vous verrez que ça ira mieux ! » il me réplique : « Mais madame, ça n’a rien à voir… » sûrement vexé que je me dresse contre lui, il finit par sortir de ma chambre et, bizarrement, on m’apporta (enfin) une carafe d’eau et même un petit repas. Le soir, une sage-femme vient dans ma chambre et m’explique que le lendemain matin, on me déclenchera cette fois-ci par perfusion. Mon bébé, lui, allait toujours très bien. Comme la veille, elle m’injecte le calmant et je m’endors en quelques secondes.

Le lendemain matin, on me pose l’ocytocine et on m’envoie en salle d’accouchement. On me dit qu’une péridurale sera posée en même temps car les douleurs ne seront pas supportables. J’accepte, j’étais tellement épuisée de ces derniers jours. L’anesthésiste arrive, pose la péridurale en me criant dessus car je sursautais, et quitte la pièce. Mais la douleur était… tellement HORRIBLE ! Je hurlais, je cherchais de l’aide contre cette douleur insupportable. Mon mari impuissant souffrait par ricochet. Les sages-femmes ne savaient pas quoi faire à part augmenter les doses, m’injecter de la morphine mais rien n’y faisait. L’anesthésiste revient et me pose une seconde péridurale. Mais la douleur ne s’estompe pas d’un dixième. Mes hurlements énervaient l’équipe qui me demandait d’arrêter car je gênais les autres mamans. Mais ma détresse était tellement grande ! Est-ce que l’une d’entre elles m’aurait simplement proposer d’accueillir la douleur, de m’aider face à elle ? Mon mari était en détresse lui aussi de me voir dans cet état et d’être aussi impuissant.

Une sage-femme décide alors de me faire pousser. Elle est accompagnée de plusieurs personnes, me dit que le bébé est encore haut mais que, peu importe, je vais devoir pousser. Je pousse à me casser des dents. Une sage-femme se pose sur moi et de toutes ses forces me fait une compression au niveau de mon ventre. Je vais apprendre bien plus tard que cette pratique est censée être en voie de disparition puisqu’elle est à l’origine de nombreux dégâts et dangers comme les ruptures utérines.

J’entends la fameux phrase « ne poussez plus, votre bébé et là ». Mon fils est né à 18h02, un beau bébé de 3kg680 pour 53cm. Cette décision de pousser alors que bébé était encore très haut aura pour conséquence un périnée complet compliqué qui est à l’origine de ma césarienne pour bébé2. Mais mon bébé est là, dans mes bras, c’est le plus important et le plus beau jour de ma vie.

Deux ans après, mon mari garde un traumatisme de cet accouchement. Il m’en parle par brique mais garde beaucoup de choses pour lui. Sûrement car il a vécu tout cela de « l’extérieur » : la douleur, l’indifférence et l’impuissance. La douleur m’a fait oublier certains passages, mais lui n’a pas eu cette « chance ». On parle souvent du traumatisme de la femme, mais celui du mari est quelques fois tout aussi grand.

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