Pourquoi l’enfant contrôle-t-il mal ses émotions ?

Pourquoi l’enfant contrôle-t-il mal ses émotions ?

Le cortex préfrontal et les circuits le reliant au système limbique sont immatures chez l’enfant.

Les neurones du cortex préfrontal (COF, CCA, cortex ventro-médian), où s’établit une bonne part du contrôle rationnel des émotions, ne parviennent à maturité qu’au début de l’âge adulte. De plus, chez l’enfant, les connexions qui transmettent les informations entre le cortex et le système limbique sont encore peu développées.
Cela nous permet de comprendre pourquoi l’enfant petit est si vite submergé par de véritables tempêtes émotionnelles et par des comportements impulsifs d’attaque ou de fuite directement issus du mode de fonctionnement du cerveau archaïque et émotionnel.

Un petit exemple

Raphaël et Eliot, 3 ans tous les deux, jouent dans la même pièce. Raphaël regarde son livre préféré. Eliot, lui, fouille dans le grand coffre à jouets et sort un magnifique petit cheval rouge sur lequel il monte immédiatement et saute en poussant des cris de joie. Aussitôt Raphaël jette son livre et court vers Eliot, le pousse, le fait tomber et une bagarre s’ensuit. Eliot, très en colère, hurle et frappe violemment Raphaël…
A 3 ans, cette scène est normale. La joie s’exprime bruyamment, l’envie et la colère également. Pouvoir se résonner, prendre du recul sur ce qui se passe demande une maturité, un apprentissage que l’enfant va acquérir progressivement.
Raphaël ne peut refréner son envie de monter sur le cheval. Il ne se dit pas : « Je laisse Eliot jouer sur ce cheval, j’attends patiemment mon tour. » Eliot, lui, ne peut pas contrôler sa colère contre Raphaël et l’agresse à son tour. Il ne se dit pas : « Je comprends qu’il veuille jouer aussi avec ce cheval, je vais lui dire ce que je pense mais je ne vais pas le frapper. » Si les adultes, après coup, une fois le calme revenu, leur expliquent tranquillement qu’ils auraient pu agir autrement, les enfants peuvent le comprendre. Mais sur le moment, le désir de Raphaël de monter sur le cheval et la colère d’Eliot dominent largement tout raisonnement possible. Sur le moment, même si l’adulte est dans la pièce, il est le plus souvent impossible d’éviter la chute d’Eliot tant les réactions sont rapides.

En revanche, si l’adulte se met à crier, à punir, à frapper, il ajoute de l’agressivité. Les enfants en colère contre l’adulte sont encore plus énervés, et incapable d’écouter. Un adulte calme apaise l’enfant. Une fois l’excitation retombée, faire un grand discours de morale agave les enfants, et le plus souvent, ils n’écoutent pas.
Par contre, les enfants apprécient énormément que la scène soit rejouée par exemple avec des marionnettes. Une marionnettes à chaque main, l’adulte raconte : « Un jour, X et Y jouent dans une même pièce, quand tout d’un coup X sort d’un coffre à jouets un magnifique petit cheval rouge… » Ils sot alors très attentifs et disent : « Encore. » Et l’adulte recommence et joue différents scénarios. Avec évidemment Raphaël qui dit à Eliot sur son cheval : « J’ai très envie d’être sur ton cheval, tu me le prêtes? » Et Eliot qui répond : « Oui, mais attends encore un peu… » Et les enfants rient.
Dès que l’adulte joue, les enfants adhèrent et écoutent. Ils entendent qu’on peut vivre une situation de mille manières. Cela les aide à réfléchir. Ils rejouent la scène seuls, tenteront de comprendre le message et ensuite, très progressivement, seront capables de l’intégrer dans leur vie réelle. En sachant que les structures cérébrales qui contrôlent les émotions mettent plusieurs années pour être réellement efficaces.

Cette immaturité cérébrale se révèle chez l’enfant par de nombreuses manifestations très déconcertantes pour les adultes, souvent qualifiées de « caprices », se traduisant par des épisodes de pleurs incontrôlables, d’irritabilité souvent imprévisible, des trépignements, des accès d’agitation, de colère, des hurlements, bref, des comportements jugés totalement déraisonnables. Parfois l’enfant, dans ces moments de crise qu’il ne contrôle absolument pas, se roule par terre, se cogne la tête contre le sol ou le mur, jette des objets, envoie promener son assiette, frappe les personnes autour de lui, mord, griffe, etc.

Un second exemple

Nina, 2 ans, se promène avec son père. Ils sont heureux d’être ensemble. C’est un vrai moment de bonheur. Tout d’un coup, Nina voit dans un vitrine son jouet préféré et le veut immédiatement. Le père lui dit non, ce qui met Nina dans une colère noire contre son père. Elle hurle, trépigne et ne veut plus avancer. Le père à son tour se met en colère contre sa fille, qui redouble ses hurlements : « Arrête cette comédie immédiatement! Tu es vraiment ridicule! »
Nina n’est pas ridicule. Elle est envahie par des émotions qu’elle ne contrôle pas. A 2 ans, l’enfant est soumis à des émotions extrêmement fortes : excitation, joie, colère, peur, qui le submergent et qu’il ne peut réprimer. Crier, punir ne sert à rien sauf à humilier l’enfant, à le remettre en colère contre l’adulte et à détériorer les relations entre les deux. Dans la rue, l’adulte, soumis au regard des autres est encore plus désemparé. Rester calme apaise l’enfant, puis détourner son attention en suscitant son intérêt pour autre chose suffit souvent à lui faire oublier l’objet de sa colère.

Les parents sont souvent très inquiets face à ces scènes extrêmement bruyantes. Il ne s’agit cependant pas de « caprices », ni de troubles pathologiques du comportement, mais d’une conséquence de l’immaturité du cortex préfrontal et des circuits relayant l’information entre le cortex et le système limbique. Le cerveau supérieur n’est pas assez développé pour pouvoir gérer de tels orages émotionnels. Les touts-petits sont très fréquemment assaillis par ces émotions et ces impulsions primitives d’attaque ou de fuite. Ils ne sont pas encore capables de prendre du recul, de réfléchir, d’analyser la situation.
Il est fondamental de connaitre et de comprendre que ce passage, ce moment de la vie ne durera pas si les adultes apaisent l’enfant au lieu de le réprimander plus ou moins violemment, en le menaçant, en criant, en s’énervant, en punissant ou en frappant

Catherine Gueguen – Pour une enfance heureuse
Crédit photo

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