[Violences obstétricales] 6 ans après j’y pense encore tous les jours …

[Violences obstétricales] 6 ans après j'y pense encore tous les jours ...

Enceinte de 2 mois et demi, je consulte le gynéco qui me suit pour des saignements, écho endo-vaginale, examen du col, tout va bien.

Une semaine plus tard, les saignements se poursuivent, et s’ajoute à cela des douleurs abdominales. Je reconsulte, de nouveau écho interne, TV, frottis, du moins j’imagine car mon gynéco ne m’explique jamais ce qu’il me fait… Je lui explique que j’ai des douleurs très violentes qui me réveillent la nuit et me causent des élancements jusque dans les jambes. Réponse: c’est le développement normal de l’utérus…

Je lui explique que c’est quand même ma seconde grossesse et que je n’ai jamais souffert comme ça à la première. « Tout va très bien, ça va passer tout seul, 80 € s’il vous plaît »…

3ème visite, je perds du sang presque noir, les douleurs sont de plus en plus violentes et me réveillent la nuit. Il me dit:
-« de toute façon vous ne travaillez pas »
-« si je travaille » « mais vous n’êtes pas arrêtée? »
-« Non puisque vous ne m’avez pas arrêtée ».

Là son visage change, il n’est pas content. J’ai l’impression qu’il me le fait payer lors de l’examen. Comme d’hab, écho interne, speculum, examen du col, le tout sans informations ni recherche du consentement, et durant l’un de ces examens, il me fait très mal.
« Oh vous êtes sensible vous ».

Aucune réponse à mes questions, sauf à la fin où il s’énerve et me dit en criant « mais vous voyez bien que votre bébé va bien, qu’est-ce qu’il vous faut de plus? ».

Il m’arrête quand même 10 jours. Je rentre chez moi, j’ai cru que j’avais une hémorragie, et j’ai passé une nuit blanche à souffrir et à avoir des saignements très abondants. J’hésite à partir aux urgences, mais vu la douleur, et dans la mesure où je sortais de chez un gynéco dont la visite m’avait fait plus de mal que de bien, je décide d’attendre le lendemain.

Le lendemain matin, les douleurs et saignements se sont espacés. Au bout de l’arrêt de 10 jours, je l’appelle pour l’informer que je souffre toujours de douleurs et de saignements, même s’ils sont moins importants. Par téléphone, il me dit que je peux reprendre le travail, ça va passer…

Mon généraliste m’envoie alors aux urgences de l’hôpital (mon gynéco étant en clinique).
De nouveau, batterie d’examens, interrogatoire « Par qui êtes-vous suivie? qu’a t’il dit? pourquoi venez-vous ici? » et d’autres questions plus étranges type « avez-vous eu des rapports sexuels particulièrement violents? » (3 fois cette question, que m’a donc fait l’autre? je ne sais pas…).

Finalement, je n’ai aucune réponse à mes inquiétudes, mais on me prescrit un ovule à prendre, après beaucoup de tergiversations (Je vais vous prescrire quelque chose, quoique vous en êtes au 4ème mois – j’étais arrivée jusque là – je ne vais peut-être pas vous le prescrire, quoique ça fait combien de temps que les symptômes durent? ah oui 1 mois et demi quand même, je vais peut-être quand même vous le prescrire, attendez je vais voir avec mon responsable). Finalement, il revient m’annoncer que son responsable est d’accord pour qu’on me prescrive cet ovule…

De retour chez moi, je regarde la notice: ne surtout pas prendre durant le 2nd trimestre, risque de fausse couche… Je ne le prends pas.

5 jours plus tard, les douleurs se déclenchent à 17h et ne cesseront plus, je ressens des coups de couteau non stop dans le ventre, ça ne s’arrêtera pas.

A 23h, je perds tellement de sang que je décide de retourner aux urgences. J’arrive à minuit, après avoir passé le trajet dans la voiture sur les genoux car je ne supportais ni la position assise ni la position allongée.

Je suis reçue par une sf adorable et un gynéco monstrueux, pas bonjour, il demande à la sf en parlant de moi: « qu’est-ce qu’elle a? Pourquoi elle tremble comme ça? » sur un ton presque colérique… Il me fait une échographie, je vois que le bébé ne bouge plus, il ne parle pas, je lui demande « alors? »
« ben y a plus de liquide amniotique »…
Il passera ensuite sa tête par l’entrebâillement de la porte pour annoncer à mon homme « Elle est en train de le perdre » sur un ton sec… (oui mon copain est prié de sortir à chaque fois que Mr le gynéco rentre…).

Apparemment la poche des eaux s’était fissurée et j’avais une infection urinaire et vaginale (décollement des membranes provoquée par l’examen très douloureux?).

Il ne me parle toujours pas. Je finis par lui demander ce qu’il va se passer.
« ben vous faites une fausse couche! » toujours sur un ton agréable, et je lui réponds que oui j’avais bien compris, mais est-ce que j’allais accoucher?
« Mais non, je vais vous faire un curetage! » (genre vraiment qu’elle est bête celle-là).
Là-dessus, il me demande si j’ai bu ou mangé quelque chose, oui j’ai bu dans la voiture, j’avais très soif. Je me fait engueulée :
« mais on ne boit pas avant une anesthésie enfin! »
à quoi je lui réponds « je n’étais pas partie non plus pour avoir une anesthésie ».
Quand même il s’excuse. Il va discuter avec la sage-femme, puis ils reviennent tous les 2 et me bloquent les jambes, et là pendant qu’il me fait horriblement mal, alors que j’étais déjà en pleine souffrance (c’était un décollement du placenta, et ces douleurs violentes n’avaient fait qu’augmenter depuis 5h de l’après-midi), il explique à la sf (très jeune et apeurée devant son comportement violent) que comme j’ai le col entièrement fermé, il l’ouvre à la main, comme ça j’accoucherais plus vite…

Je me souviens qu’à un moment j’ai pensé « dégâts irréparables » tellement je souffrais, je lui criais d’arrêter, j’avais trop mal, il continuait de parler à la sf, sans me regarder, sans me parler, sans explications pour moi ni quoi que ce soit.

Au final, j’ai eu la péridurale 3h plus tard, j’ai accouché en suivant puis on m’a mise en chambre au service maternité, où j’ai pu entendre les bébés pleurer et avoir sous les yeux table à langer et baignoire pour bébé…

Voilà le respect qu’une maman enceinte de 4 mois et perdant son bébé a eu. A aucun moment, on n’a pris en compte ma douleur émotionnelle, physique ou psychologique… Cela a entraîné des troubles type syndrome de stress post-traumatique, 3 ans d’insomnies et 3 ans de dépression sévère, je ne remercierai jamais suffisamment ces 2 médecins qui m’ont bousillée et ma fille aussi.

Pour le dernier, je ne doute pas que je l’ai emmerdé avec ma fausse couche à minuit alors qu’il devait dormir, j’en suis désolée, mais moi 6 ans après j’y pense encore tous les jours.

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