Césarienne d’urgence, mon récit d’accouchement

J’ai besoin d’écrire ma déception et mon amertume après ta naissance en césarienne d’urgence sous anesthésie générale. Malgré ma joie et le bonheur inqualifiable de t’avoir dans ma vie. Besoin de dire mon excitation au début quand tout était incertain, mes contractions, notre départ, la poche des eaux percée? pas percée?

Ce moment hors du temps quand on est parti en voiture dans le froid de la nuit, écoutant la musique, en se disant qu’on rentrera à 4 bientôt. Je me souviens m’être prise en photo, mon sourire qui cachait ma trouille d’accoucher.

Le grand départ

L’accueil de la sage femme, le monitoring et le toucher qui dit : « col ouvert à 1 et mou… » Nos conneries enregistrées enfin, surtout les miennes et mon impatience à avoir mal! Je me souviens la chambre 325, les deux lits, le ballon et le radiateur noir. Les chuchotements et les pas dans le couloir… L’attente, les « tu devrais dormir » que je te répétais sans cesse, les « toi tu devrais dormir » que tu me répétais, de ton portable sur lequel tu jouais à je ne sais plus quel jeu… De toi décrochant le ballon et de moi qui me posais dessus en étant surprise qu’il soit si gros par rapport à celui de la maison. Les mouvements de balancier et les contractions qui reprennent doucement toutes les 20 minutes.

Je me souviens du boum boum de son cœur, de ton regard sur les chiffres qui grimpent et de mon visage qui se crispe un peu.

Attendre encore

J’avais besoin d’écrire l’attente, la promenade dans la ville où on s’est gelé, de ma veste qui ne fermait même pas sur mon gros ventre, de ton sandwich, d’être passés par le parc… Du café qu’on a pas fini, des escaliers que j’ai monté doucement pour aider à descendre lol.

Je me rappelle la douche chaude que la sage femme m’a proposée et du produit lavant pour bébé avec lequel je me suis lavée. De ce ventre que j’ai regardé une fois encore dans le miroir.

Je me souviens du petit déjeuner, du « tu devrais manger un peu ». De ta fatigue et de la mienne, de ton départ que j’ai un peu précipité car je m’inquiétais du réveil d’Ethan sans toi à ses côtés…

Me retrouver seule

Puis tout est un peu flou bizarrement. Comme si mon cerveau brouillait le récit… Mais j’ai besoin d’écrire mes souvenirs pour ne plus me réveiller angoissée, pour ne plus pleurer le soir sur cet accouchement, pour ne pas relire mille fois les textos échangés et me rappeler ce jour. J’ai besoin d’écrire les monitorings et le capteur qui me faisait mal et qui marquait mon ventre d’un rond rouge. De la sage femme qui décide de percer la poche des eaux, de la douleur et de mes cris quand je lui ai dit de tout arrêter.

Je veux écrire le choix que j’ai fait de retenter de percer cette poche malgré la douleur, parce qu’il fallait que ça « avance », je me souviens d’une appuyant sur mon ventre pour simuler une contraction et de l’autre grattant avec son « pic » pour percer, je me souviens avoir soufflé très fort comme on me l’avait appris et de supplier intérieurement pour qu’elle arrête. Puis le splash et la libération…

Le retour en chambre et l’inondation, l’eau qui fuit par trombes et m’inonde les jambes et le pantalon. Je me souviens qu’au début ça me faisait rire – « comme dans les films » je me disais. Puis je me souviens les « vraies » contractions, celles qui te stoppent dans ta marche, qui te font souffler un peu fort et te dire que « ouille ça pique!! ».

Je me souviens, le monitoring et les pics qui montent à 100 sur 100 toutes les 3 minutes. Les textos envoyés avec ma sœur et les coups de fil où je lui disais « attends attends, j’en ai une autre » et où elle me disait de souffler…

Le pantalon qui sèche sur le radiateur noir, et de mon dos que je collais dessus pour soulager mes reins… Je me souviens avoir pensé que je devais avoir 30 litres de liquide amniotique vu tout ce qui coulait!!! Mes vêtements secs que je remets et qui sont détrempés de nouveau… Le froid qui me glace car je n’ai pas de change, et de ma veste autour de mes hanches pour conserver un peu de dignité…

La sage femme qui revient et m’examine, col ouvert à 2 presque 3, court à effacé et qui se centre. Je me souviens lui avoir dit avec les yeux écarquillés « QUOI? Toute cette souffrance pour ça??!! » et elle de me dire « Non mais au contraire, ça avance bien », et de lui répondre que non ça ne va pas, je n’y arriverai jamais…

Je me souviens de ma solitude, cette chambre vide et moi seule au monde, ça devait se voir d’ailleurs car l’auxiliaire de puériculture qui passait par là s’est arrêtée et est venue me tenir compagnie. J’ai vu qu’elle allait repartir et a parcouru la chambre du regard, me voyant seule elle s’est questionnée, ça c’est vu dans son regard, et a fait demi tour pour s’asseoir près de moi et me demander comment j’allais, et si c’était mon premier bébé…

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Et puis tout se bouscule

Je me souviens de cette sonnerie et de ton cœur qui ralentit, de la panique qui m’a submergée quand les chiffres ont dégringolé jusqu’à 40, du rouge qui clignote et de ma main qui agrippe la sonnette d’alarme. De mon regard plein de panique qui cherche la sage femme des yeux et de ma question qui finit dans les larmes » Mon bébé va bien? Dites moi qu’il ne va pas mourir!! faites quelque chose!! »

De son discours rassurant, et de l’entrée en trombe du médecin qui me saute littéralement dessus et m’enfonce deux doigts, pour finalement décréter sans même un regard pour moi qu’on va partir en césarienne d’urgence… Il repart alors que je m’écroule, je pleure et dis à la sage femme « Mais, mais pourquoi il dit ça?? Vous venez de me dire que tout avançait bien!! je veux pas de césarienne! mon mari n’est même pas là!!! »
Je me souviens que le médecin criait après la sage femme pour qu’elle sorte de ma chambre et qu’elle m’a dit « Ne vous inquiétez pas ». Puis qu’il est revenu me dire « Bon vous voulez pas de césarienne? » moi « NON NON » et lui de répondre « OK on fait pas de césa, ne vous inquiétez pas ».

Je voulais écrire la douleur qui m’a submergée, les cris que j’ai étouffés et les nausées. Mon envie de violence contre la sage femme qui massait mon dos malgré le bien que ça me faisait. Le dernier « J’en peux plus, faites que ça s’arrête je vous en supplie » et son regard qui réfléchit et qui dit : « Bon ok, on pose une péri. »

Le couloir jusqu’à la salle de naissance avec ma veste qui dégringolait sur mes hanches nues (adieu dignité). Mes cris que je ne pouvais plus retenir, et de cette douleur à droite qui me sciait littéralement en deux. De l’anesthésie qu’on supplie d’accélérer!! de la douleur de l’aiguille contre mon dos…

Code rouge césarienne d’urgence

Et puis de tous ces regards braqués sur le monitoring, du « mettez-vous sur le côté, votre bébé ne supporte plus les contractions ». De l’impossibilité de tenir sur le côté, mais de ma lutte pour le faire quand même en mordant et en hurlant dans le coussin. De cette main que j’ai saisie au vol. De cette femme qui s’est accroupi et m’a rassurée.

Du « code rouge » « césarienne d’urgence » « allez on part au bloc » et de moi qui les supplie de t’attendre. Du coup de fil en urgence où je te répète de venir vite!!! et de l’équipe qui s’impatiente. Ton arrivée en trombe, et la pression qui retombe. Du « j’ai fait ce que j’ai pu, j’en peux plus c’est sans regret »…

Le brancard qu’on pousse jusqu’au bloc, et de la douleur toujours présente à droite. Puis de tous ces gens qui s’activent autour de moi, perfusion, électrode, tensiomètre… On m’équipe en toute hâte pour cette césarienne d’urgence pendant que le médecin ouvre sans attendre une seconde. De la brûlure du scalpel et de mon cri qui leur dit que je sens tout!!! De l’anesthésiste qui ne comprend pas pourquoi, qui réinjecte du produit encore et encore, pour finir par me dire qu’il va m’endormir.

Je me souviens avoir dit « Non non pas d’anesthésie générale!!! Je veux voir mon fils je vous en supplie, je vais me taire et arrêter de pleurer mais s’il vous plait ne m’endormez pas… ». Puis du masque dans lequel j’ai dû respirer et du trou noir… Puis de ton visage et de celui de notre fils juste à mes côtés…

J’avais besoin d’exorciser tout ça, parce que ça me ronge. Parce que c’est allé bien trop vite et que ça m’a submergée dans tous les sens du terme… Malgré tout, j’accepte ma césarienne d’urgence parce qu’on allait y rester tous les deux sinon. Parce que l’équipe a été parfaite (à part le médecin évidemment).

Parce que c’est notre histoire, notre accouchement et que je ne peux plus le changer…

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Maman végétalienne de bientôt 30 ans... Deux petits boys de février 2013 et novembre 2014... Amoureuse de la nature et de l'aventure en famille... Maternante, allaitante et sur le chemin parfois difficile de la bienveillance :-)
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