Les avantages médicaux de la tétée de bienvenue

Les avantages médicaux de la tétée de bienvenue

Pour l’enfant

→ L’évolution dans le temps du réflexe de succion

Comme l’avait très bien décrit Archavsky dès les années 1950, à la naissance et pendant les premières heures, le nouveau-né sait téter et trouve tout seul le mamelon. Après la sixième heure, ce réflexe diminue progressivement pour ne réapparaître vraiment efficace qu’après la quarante-huitième heure. Entre les deux, et surtout entre la douzième et la quarante-huitième heure, les mises au sein seront souvent beaucoup plus difficiles et donc éprouvantes pour la mère et pour l’enfant. Il y a statistiquement dix fois plus d’échecs de l’allaitement quand les premières mises au sein se passent mal ! Mieux vaut profiter du meilleur moment.

Des études plus récentes nous ont permis de comprendre que cette succion très performante des premières heures vient d’une capacité exceptionnelle d’éveil calme du bébé. Pour naître, il inonde son sang de catécholamines, hormones de l’éveil et de la puissance physique. C’est d’emblée qu’il est le plus apte à réussir : il ne devrait donc être ni dérangé ni éloigné de sa mère.

→ Le nouveau-né est grand consommateur d’énergie

Deuxième argument, tout aussi important : dès la section du cordon, il va consommer une grande quantité d’énergie pour maintenir son équilibre thermique (donc sa température à 37°) et pour le fonctionnement normal de ses différents organes. Cette énergie, il la trouve dans la combustion du glucose sanguin, lui-même provenant du glycogène hépatique et dans la combustion des graisses de réserve qu’il est capable de libérer et d’utiliser.

Dans certaines situations pathologiques aisément repérables (prématurité, post-maturité, retard de croissance in-utérin, souffrance foetal ou périnatale, enfant de mère diabétique), ce stock de glucogène peut être très faible ou nul. Une surveillance médicale stricte du taux de glucose sanguin et des apports nutritionnels (alimentation ou perfusion) est alors indispensable. D’où des consignes strictes d’horaires et de rations.

Mais les autres bébés, ceux qui naissent à terme, avec un poids normal, au décours d(un accouchement où ils n’ont pas souffert, ont tout loisir d’aller quand ils le voudront, aussi souvent qu’ils le voudront, fignoler leur apprentissage de bouche, en prenant chaque fois quelques centilitres du précieux colostrum.

♦ Le colostrum maternel contient 32 g/l de lactose. En plus, il contient 23 g/l de gynolactose, ensemble complexe de sucres immédiatement utilisables par le nouveau-né. L’apport de sucres, donc d’énergie, est très bon. Si le bébé ne boit que du colostrum, il pourra utiliser les graisses de réserve. Il faut bien savoir que la lipolyse (capacité d’aller chercher des lipides pour fournir de l’énergie) est immédiatement bloquée si le bébé boit un aliment trop riche en sucre : lait artificiel ou eau sucrée.

♦ Beaucoup plus important, le colostrum merveilleux « économiseur d’énergie ». L’eau liée aux protéines reste dans l’organisme : le bébé perd moins d’eau, donc moins de chaleur, donc moins de calories. Et puis les matériaux de construction de la matière vivante arrivent prêts à  l’emploi. Il n’y a qu’une transformation intestinale ou hépatique minime avant d’incorporer ces aliments dans les cellules en construction. Là encore, cela permet toute l’économie en énergie de la digestion, de la transformation et de la reconstruction.

Ces deux mécanismes permettent de comprendre pourquoi l’hypoglycémie des bébés à terme nourris au sein est plus que rarissime. A volume égal, 10 ou 20g par exemple, il n’y a aucun risque d’hypoglycémie avec le colostrum, alors qu’il pourrait y en avoir avec les laits artificiels.

→ L’intestin du nouveau-né est encombré de méconium

Troisième argument : ce volumineux tas de sécrétions, les premières selles de l’enfant, noirâtres, épaisses, visqueuses, très difficiles à éliminer, s’est transformé tout au long de la vie intra-utérine à partir des sécrétions et du renouvellement des cellules de la muqueuses intestinales. Le colostrum est un excellent laxatif. Il favorise la motricité intestinale, donc l’expulsion du méconium. Du coup, le transit intestinal démarre du haut en bas du tube digestif, et l’estomac de l’enfant se vide des glaires qui pourraient encore l’encombrer, diminuant au maximum tout risque de régurgitation et d’étouffement par ces sécrétions.

→ Le nouveau-né a tendance à perdre son eau

Quatrième argument : brutalement transposé d’un milieu aqueux où il baignait totalement à un milieu aérien, il a tendance à se dessécher, à perdre son eau car la peau n’est pas une barrière efficace. Le colostrum est très riche en protéines et en sels minéraux. Ceux-ci, ingérés pendant la tétée, après avoir servi dans le tube digestif à l’élimination du méconium, passent dans le sang et vont très efficacement retenir l’eau de l’organisme. Donc, l’enfant s’adaptera mieux à sa nouvelle vie à l’air libre, et en particulier, il perdra moins de poids.

→ Le colostrum est riche en éléments de défense

Cinquième argument : L’incomprable richesse du colostrum des premières heures en éléments de défense contre les infections en fait toute la valeur. dès sa naissance, l’enfant va être soumis à une véritable inondation microbienne. Dans l’air qu’il respire, sur les mains des gens qui le touchent -mais oui, même bien lavées!), sur les draps sur lesquels on le pose. Partout il va en rencontrer. Le colostrum avalé le plus tôt possible va protéger son tube digestif. Toutes les cellules immunitaires se chargent de l’élimination des différents microbes. Les immunoglobulines, et en particulier les lgA, vont réaliser une véritable barrière antimicrobienne sur la muqueuse intestinale. Certains médecins, comme le professeur Lestradet, pensent qu’un nouveau-né qui « avale un peu de travers » ce premier colostrum protège sa muqueuse bronchique et pulmonaire par la même barrière d’immunoglobulines A. Il serait aberrant de retarder inutilement l’installation d’une protection aussi efficace. L’enfant en a besoin dès sa naissance.

Tous ces arguments illustrent bien la parfaite adaptation du colostrum, ce lait des premiers jours, aux besoins de l’enfant. aucun lait artificiel ne se rapproche, même de loin, de ces remarquables propriétés. Le colostrum est inimitable.. et inimité ! Ses propriétés sont telles que certains médecins préconisent même de faire téter deux ou trois fois le premier jour, à titre de « médicament », les enfants que leur mère ne désire pas allaiter.

Pour la mère

Dès que l’enfant trouve le sein et se met à téter, la succion du mamelon déclenche chez sa mère, par un phénomène réflexe, une importante activité hypothalamo-hypothysaire et la mise en route de la sécrétion des deux principales hormones de la lactation.

→ La mise au sein précoce favorise la montée laiteuse

La prolactine est l’hormone qui fait sécréter le lait et donc va mettre en route tout le processus de la montée laiteuse. Plus l’enfant tétera, plus sa mère aura du lait. Plus l’enfant tétera tôt, plus sa mère aura rapidement du lait pour répondre à sa demande. On pourrait presque dire que c’est l’enfant qui fabrique le lait par sa succion. La mère a besoin que son enfant  suce le sein pour mettre en route sa lactation, comme elle aura besoin qu’il tète souvent pour l’entretenir.

→ La mise au sein précoce favorise la délivrance

L’ocytocine est l’hormone de l’excrétion, de la « vidange ». Au niveau des seins, le lait fabriqué sous la stimulation de la prolactine remplit les acini. L’ocytocine provoque la contraction de ces acini, et, donc, le lait va se mettre à couler pour satisfaire l’appel de son enfant.  L’ocytocine fait contracter l’utérus. Si l’enfant téte dès les premières minutes de vie, la succion va favoriser l’élimination spontanée du placenta. Les anciennes sages-femmes le savaient bien qui, malgré les tabous de l’époque, faisaient téter les nouveau-nés si la délivrance placentaire tardait ou paraissait incomplète.

Après l’expulsion du placenta, l’ocytocine renforce les contractions utérines. L’utérus se vide du sang et des débris qui l’encombrent et reprend beaucoup plus vite sa place et son volume normal. Faire téter, le nouveau-né peut être un excellent moyen d’arrêter une hémorragie utérine, moyen aussi efficace et rapide que l’injection intramusculaire ou intraveineuse d’ocytocine synthétique. Les médecins ou sages-femmes le font dans tous les pays du tiers-monde.. nous l’avons oublié.

Les mises au sein très précoce ont donc, grâce à l’ocytocine, un double rôle préventif réel pour la mère :

  • Prévention des hémorragies de la délivrance
  • Prévention des engorgements mammaires

En contrepartie de ces multiples avantages, tout à fait incontestables, les mises au sein précoces n’ont qu’un seul inconvénient : retarder un peu l’heure du repos pour la mère (et pour le personnel soignant). Pour la mère, en fait, le problème ne se pose pas. Même si l’accouchement a été un peu long et difficile, l’intensité physique et affective de ce qu’elle a vécu la laisse souvent dans une grande surexcitation. Accueillir doucement son bébé, le faire téter, prendre le temps du calme, des retrouvailles, l’aidera à apaiser cette grande émotion. Quand l’enfant heureux, repu, s’endormira, sa mère sera prête, elle aussi, à se reposer et à s’endormir.

Voir livre « L’allaitement de la naissance au sevrage » du Docteur Marie Thirion

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