La culpabilité parentale – Une épidémie silencieuse

La culpabilité parentale – Une épidémie silencieuse

Imaginez que vous êtes une petite souris cachée dans un confessionnal dans un petit hameau de fervents pratiquants. Après quelques dimanches à peine, vous découvrez avec perplexité que presque tous les paroissiens sont torturés par un secret ou un autre, mais que chacun pense d’une part être le seul à l’avoir l’âme tourmentée, d’autre part que tous les autres villageois dont d’honnêtes citoyens. Si seulement ils abandonnaient leur apparence vertueuse et partageaient leur vérité les uns avec les autres, ils se sentiraient extrêmement soulagés de voir qu’ils ne sont pas seuls !

Il en va de même avec la culpabilité parentale. Tous les parents sont tourmentés en secret : « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Est-ce que mon enfant va souffrir à cause de ce que j’ai fait ou de ce que je n’ai pas fait ? » Pour couronner le tout, on entend depuis quelque temps tellement d’informations sur les besoins des bébés et des enfants que nous avons tout simplement doublé les motifs d’auto-flagellation. La lointaine époque où l’attitude désinvolte de nos ancêtres envers les sentiments des enfants leur épargnait toute inquiétude à leur égard est révolue.

La culpabilité est d’autant plus lourde à porter que nous sommes nombreux à avoir sondé en profondeur ce qui avait été « toxique » pour nous durant notre enfance, grâce aux nombreuses heures passées en atelier de thérapie et de développement personnel, grâce à nos innombrables livres de chevet sur l’épanouissement personnel et, bien sûr, grâce à Oprah Winfrey. Nous sommes la première génération à jurer en masse de ne pas faire comme nos parents. Et puis arrive ce moment fugace où vous vous surprenez à vous demander ce que votre enfant dira un jour à son thérapeute !

« La solution pour se débarrasser de la culpabilité consiste peut-être tout simplement à changer de perspective. »

Nous nous inquiétons donc en secret de nos performances en tant que parents et de l’impact de nos actions sur nos enfants. Malgré la souffrance associée à cette culpabilité purulente, nous avons tendance à la garder pour nous, comme une conversation en tête à tête dans la quiétude de la nuit. Nous montrons rarement aux autres à quel point nous nous sentons parfois largués et vulnérables. Le résultat : nous avons généralement tendance à vivre dans un monde illusoire où les parents qui nous entourent nous regarderaient comme s’ils se débrouillaient bien mieux que nous, nous laissant seuls avec nos manies, nos écueils, notre mauvais caractère et notre manque d’attention.

Même si je désire ardemment me débarrasser de cette culpabilité, je ne supporte pas les remarques désinvoltes souvent utilisées pour balayer la culpabilité parentale. « Ne vous inquiétez pas pour les enfants, ils sont résilients, » entend-on souvent. Si nous pouvions seulement y croire, nos soucis disparaîtraient tout simplement. La triste réalité, c’est que tout parent fait parfois souffrir ses enfants, sans s’en rendre compte ou sans le vouloir.

D’une manière ou d’une autre, chacun d’entre nous a ses propres blessures et nos modèles sont imparfaits. Nous ne pouvons pas tenir nos enfants à l’écart de nos capacités humainement limitées pour prendre soin d’eux et répondre à leurs besoins. Tôt ou tard, toute relation parent-enfant fait appel aux remords, aux réparations et même aux excuses. Et même si cela nous met mal à l’aise, nos bébés et nos enfants ont le droit de protester contre nous lorsque nous les laissons tomber. Nous sommes affirmatifs sur la « résilience » des enfants, mais avons-nous nous-mêmes la résilience nécessaire pour les écouter lorsqu’ils pointent directement du doigt nos défaillances parentales ?

Que pouvons-nous faire lorsque nous découvrons avec douleur que nous avons fait quelque chose qui a fait souffrir notre enfant ? Et comment pouvons-nous faire face à la culpabilité qui se manifeste alors ? Avant d’aller plus loin, examinons rapidement ce qu’est réellement la culpabilité.

Mais qu’est-ce que cette fameuse culpabilité ?

La culpabilité et le remords sont très différents ; ils sont même complètement opposés. Le remords concerne autrui : il consiste à autoriser ses sentiments et à écouter avec empathie, il s’agit du désir et de l’effort de réparer une blessure que nous avons pu causer.

À l’inverse, la culpabilité est centrée sur soi et consiste à s’auto-flageller. Par définition, la culpabilité est la peur du châtiment. La culpabilité vous ronge de l’intérieur en vous disant : « Regardez ce que tu as fait, quel genre de parent es-tu ? Tu aurais dû faire mieux ! » Véritable mesure préventive contre le jugement de nos pairs, la culpabilité nous porte le premier coup. Lorsque la culpabilité devient difficile à porter, elle s’enveloppe dans le déni en faisant sans cesse appel à ce genre de fausses excuses : « Je suis sûr qu’il ira bien », « Elle est résiliente » ou « Ce ne sont que des larmes de crocodile ».

« La parentalité est un processus qui évolue en permanence. »

Le vrai remords en action construit l’amour ; il guérit, c’est ce qui nous permet d’avancer et de lâcher prise. À l’inverse, la culpabilité est une impasse qui nous empêche d’avancer et nous éloigne de nos enfants. Bien qu’il s’agisse d’une réaction humaine naturelle et universelle, elle est l’un des états émotionnels les plus destructeurs et ne favorise en rien les relations.

La bonne nouvelle, c’est que la solution pour se débarrasser de la culpabilité consiste peut-être tout simplement à changer de perspective. Si vous vous débattez parfois avec la culpabilité parentale, voici quelques manières de vous regarder autrement, vous et vos relations, qui pourraient vous apporter une certaine libération.

Faut-il se sentir coupable lorsque l’on apprend ?

En général, cela ne nous dérange pas de reconnaître que nous avons encore à apprendre lorsqu’il s’agit de notre passion ou de notre métier. Pourquoi devrait-il en être autrement avec la parentalité ?

Prêtez attention aux choses que vous vous dites à propos du parent que vous êtes. L’autosuggestion coupable qui tourmente parfois nos esprits peut s’avérer assez inquiétante ; il s’agit notamment de déclarations telles que : « J’ai fait du mal à mon enfant ! Je suis une mauvaise mère ! Je ne suis pas un bon père ! Mon enfant va mal grandir ! »

Est-ce que vous vous parlez aussi durement lorsque vous faites des erreurs en apprenant dans d’autres domaines de votre vie ? Évidemment, certaines des erreurs que nous commettons en tant que parents peuvent avoir un impact important sur nos enfants, et nous ne devons pas prendre notre responsabilité à la légère. Mais cela justifie-t-il de nous auto-flageller ?

La plupart des parents estiment qu’ils devraient être capable de faire mieux et se déçoivent eux-mêmes lorsque la parentalité se révèle plus difficile que prévu. Si vous êtes dans ce cas, demandez-vous comment vous en êtes arrivé à attendre autant de vous-même.

Tous les parents apprennent !

Il est parfois utile de se replacer dans un contexte plus large. Quel devrait être notre degré de savoir-faire en tant que parents ? La plupart des gens semblent croire que l’être humain a toujours élevé ses enfants de la même manière, au sein de familles heureuses et aimantes. En réalité, plus vous regardez en arrière dans l’histoire de ce que nous appelons la civilisation, plus la parentalité est sévère et négligente ; et cela se vérifie pour la majorité des cultures à travers le monde.

Selon moi, le meilleur antidote à la « culpabilité », c’est de découvrir que la parentalité est un processus qui évolue en permanence. Un rapide coup d’œil sur l’évolution de la parentalité à travers les âges fait des merveilles pour annihiler notre sentiment de culpabilité et le remplacer par l’humilité et l’excitation d’apprendre et de grandir en tant que parents.

À l’époque victorienne, les parents européens s’impliquaient à peine dans la difficile tâche qui consiste à éduquer des enfants. Les riches confiaient cette lourde responsabilité à des nourrices, tandis que les autres mettaient leurs enfants au travail, souvent dès l’âge de quatre ans. Les lois sur le travail des enfants n’ont été promulguées qu’au milieu du XXe siècle.

Du Moyen Âge à la Renaissance, une majorité de parents confiaient leurs bébés à des nourrices rémunérées et se débarrassaient de leurs enfants pour qu’ils deviennent apprentis ou qu’ils rejoignent l’Église. La plupart des parents évitaient de nouer des liens étroits avec leurs enfants. Que ce soit à la maison ou à l’école, les enfants étaient régulièrement et sauvagement battus. Le fouet, le bâton ou la verge faisaient partie intégrante de chaque salle de classe et chaque foyer.

D’après les historiens de l’enfance, les documents sont éloquents : dans toutes les grandes civilisations anciennes, d’Athènes à Rome, de l’Égypte à la Chine, des Incas aux Aztèques, l’enfance était un cauchemar. Rares sont les enfants à avoir échappé aux traitements que nous qualifions aujourd’hui d’abus ; le sacrifice des enfants était monnaie courante et des millions d’enfants ont été abandonnés.

« Nous sommes des débutants. Nous essayons de soigner nos blessures tout en créant un nouveau modèle. »

À mesure que la modernité a gagné du terrain, l’évolution de la parentalité s’est elle aussi accélérée. Les châtiments corporels, par exemple, disparaissent rapidement. La fessée d’hier est la tape d’aujourd’hui sur le poignet (en Australie, du moins). À l’époque de ma grand-mère, c’était la cuillère en bois et au XIXe siècle les coups de fouet étaient de rigueur. Aujourd’hui, il est illégal dans 34 pays pour un parent de frapper ou gifler un enfant de quelque façon que ce soit. 23 autres pays s’apprêtent à adopter cette loi et l’on progresse rapidement vers une interdiction à l’échelle mondiale.

L’engagement à traiter les enfants avec respect est une innovation étonnamment récente. La prise de conscience internationale sur la maltraitance des enfants est apparue pour la première fois lorsqu’un pédiatre américain inquiet a élaboré le concept de « syndrome de l’enfant battu » en 1962. Auparavant, la violence contre les enfants n’était pas considérée comme devant être examinée en public. L’art de l’allaitement a presque été anéanti par des formules de lait artificiel au cours des années 1960 et 1970. Avec l’aide de conseillers dévoués et d’experts en lactation, l’allaitement reprend péniblement sa place, même si une génération de modèles a failli disparaître.

Au sein de notre génération, nous avons pour la plupart été protégés, nourris, vêtus et éduqués par des parents dévoués et aimants, mais nous sommes peu nombreux à pouvoir affirmer que nos besoins, lorsque nous étions des bébés ou de jeunes enfants, ont été satisfaits en profondeur et en permanence. Nous représentons la prochaine étape de l’échelle de l’évolution sociale et, à ce titre, nous semblons être la première génération (ou la deuxième) à nous préoccuper en masse de la santé émotionnelle des enfants. Demandez à vos parents à quoi ressemblait l’enfance à leur époque. Et si vos grands-parents sont toujours de ce monde, posez-leur la même question. Vous découvrirez certainement qu’ils ont majoritairement (mais pas tous) nourri leurs bébés à des horaires stricts et les ont régulièrement « laissés pleurer ». La plupart d’entre eux ont copieusement utilisé les châtiments corporels. La majorité d’entre eux ont reçu des coups de bâton à l’école et ont vécu dans des conditions beaucoup plus dures que ce que nous permettons aujourd’hui. Pour la plupart d’entre nous, cela constitue notre héritage psychologique.

Compte tenu de cet héritage, vous considérez-vous toujours comme un expert pour répondre aux besoins émotionnels de votre enfant ? En tant que communauté, nous sommes des débutants. Nous essayons de soigner nos blessures tout en créant un nouveau modèle de parentalité empathique. En tenant compte de ce contexte historique, vous est-il plus facile de reconnaître et pardonner vos erreurs ?

Bien sûr, nous avons tous des points faibles et il nous arrive, en tant que parents, de trébucher. Certains d’entre nous sont naturellement empathiques, mais ont du mal à poser des limites. D’autres peuvent être très affirmés en tant que parents, mais manquer parfois de sensibilité. D’autres encore semblent plus à l’aise avec les jeunes enfants qu’avec les bébés ou inversement. Néanmoins, en raison de la nouvelle priorité qui est donnée à un développement émotionnel sain partout dans le monde, il existe une opportunité de créer une nouvelle société grâce aux efforts honnêtes que nous déployons pour grandir en tant que parents.

Alors, vous vous sentez toujours coupable maintenant ?

Qui a dit qu’il était facile d’écouter nos enfants ?

Il peut être difficile de savoir faire preuve d’empathie. Les psychologues et les thérapeutes passent des centaines d’heures à apprendre à écouter les sentiments des gens de façon à ce qu’ils se sentent entendus. Malgré cette formation et même après des années d’expérience, aucun d’entre nous ne peut affirmer qu’il n’a pas besoin de continuer à améliorer sa capacité à faire preuve d’empathie. Savoir écouter exige un effort conscient pour se montrer humble et ouvert, et pour mettre de côté ses jugement et ses attentes. C’est quelque chose qui s’apprend en continu.

Alors pourquoi sommes-nous surpris lorsque nous manquons d’empathie envers nos enfants ? C’est une bonne chose d’éprouver des remords, mais pourquoi s’autoflageller ? Si même les professionnels de l’écoute doivent continuer à apprendre et à pratiquer leur art, n’est-il pas normal que les parents aient eux aussi beaucoup à apprendre en matière d’écoute ?

Qui a dit que nous devions nous débrouiller seuls ?

La communauté de soutien dont tous les parents ont besoin est largement absente de notre culture. La parentalité s’exerce dans l’intimité et beaucoup de parents n’ont jamais touché un bébé avant d’en avoir un eux-mêmes.

« Nous sommes programmés pour élever les enfants au sein de petits groupes coopératifs. »

Plus les anthropologues et les spécialistes des sciences sociales comprennent les parents humains, plus ils sont catégoriques sur le fait que nous sommes programmés pour élever les enfants dans de petits groupes coopératifs, et non au sein de familles nucléaires. La parentalité est censée avoir lieu là où l’aide est toujours disponible, dans un cadre collectif où même les enfants commencent à s’imprégner des techniques d’éducation dès leur plus jeune âge. Lorsqu’un adolescent atteint l’âge adulte dans ce genre de société, il est déjà parfaitement familiarisé avec la façon de s’occuper d’enfants, quel que soit leur âge. Tandis que chez nous, en Occident, lorsque nous nous trouvons en difficulté, ne sachant pas quoi faire avec notre enfant, nous risquons de nous blâmer sauf si nous nous posons ces deux questions : « Ai-je tout le soutien que je mérite ? » et « Est-ce que mes aînés m’ont montré comment interagir avec les bébés, les tout-petits et les enfants ? ».

Voici l’une des idées les plus importantes que tous les parents devraient comprendre : la parentalité n’est pas censée être aussi difficile que ce qu’elle est pour la plupart des gens. La principale raison de nos difficultés et de notre manque de patience vient du fait que notre profil de famille nucléaire est complètement antinaturelle, déraisonnable et non viable. Ce n’est pas parce que c’est la norme que ce n’est pas malsain. Aucun parent n’est censé être seul à la maison avec un ou plusieurs enfants. C’est naturel d’avoir toujours à disposition quelqu’un vers qui se tourner bien avant que la fatigue ne se transforme en épuisement.

Par conséquent, la prochaine fois que vous vous surprendrez à manquer de patience envers votre enfant, puis à vous culpabiliser, dites-vous que cela montre que vous ne recevez pas assez de soutien en tant que parent. Être en contact et fréquenter d’autres parents partageant les mêmes idées peut s’avérer très gratifiant, mais aussi vous épargner beaucoup d’angoisse, à vous et à votre enfant. Si votre famille élargie n’est pas disponible, vous pouvez rejoindre l’un des nombreux groupes de parents dans votre région ou constituer le vôtre. Considérez qu’il s’agit de quelque chose d’essentiel, et non d’accessoire.

Remplacer la culpabilité par la compassion

Il existe une dernière raison qui explique pourquoi nous échouons parfois à réagir de façon la plus appropriée à nos enfants. La prochaine fois que votre enfant se comporte de façon à vous pousser à agir de façon regrettable, prenez le temps de mener une introspection. Essayez de vous rappeler la façon dont vous étiez traité lorsque vous vous comportiez de cette manière, à l’âge de votre enfant. Rappelez-vous ce que vous ressentiez dans votre corps d’enfant. Dans la plupart des cas, lorsque nous ne donnons pas à nos enfants la patience et la sensibilité qu’ils méritent, cela est dû à une profonde blessure émotionnelle qui remonte à notre propre enfance. Dans le cadre de mon travail, de nombreux parents ont partagé avec moi un profond regret quant à la façon dont, à un moment ou à un autre, ils ont déçu leurs enfants. Lorsqu’ils replongent dans leurs propres souvenirs d’enfance, cela s’accompagne toujours d’une révélation : ils font la lumière sur leurs propres réactions et éprouvent non plus de la culpabilité mais de la compassion envers eux-mêmes.

Deux avantages récompensent le parent qui recherche au fond de lui : d’une part, le soulagement de ne plus se sentir coupable, que permet la reconnexion avec les sentiments de son enfant intérieur ; d’autre part, nos cœurs qui s’ouvrent encore plus grand à nos enfants.

Quand nous faisons quelque chose qui blesse ceux que nous chérissons le plus, cela signifie que quelque chose en nous a besoin d’être guéri. Ce n’est pas le moment d’être trop dur avec soi-même. Il est certain que, si notre enfant est affecté, c’est qu’il a besoin de notre aide, voire de nos excuses, et que nous devrions lui accorder librement. Mais nous devons également prêter attention à nos propres besoins : guérir, faire preuve de compassion envers soi, comprendre et grandir.

Un groupe de chercheurs en psychologie de New York a travaillé avec des mères qui trouvaient les cris de leurs bébés si énervants qu’il leur était très difficile de les réconforter. Le fait d’avoir un bébé était si désagréable pour ces mères qu’elles montraient des signes de dépression post-natale. Lorsqu’on leur a demandé de décrire leur propre enfance, elles ont été nombreuses à raconter des histoires d’abandon, d’éloignement maternel, de détachement et même d’abus. Nombre d’entre elles ont craqué et fondu en larmes en racontant leur histoire. Ce que les chercheurs ont découvert par la suite s’est avéré extrêmement encourageant. Une fois que les mères ont ouvertement exprimé leur peine en présence d’un individu bienveillant, elles se sont spontanément tournées vers leurs bébés et les ont pris avec amour dans leurs bras pour les consoler. Les pleurs des bébés avaient perdu le pouvoir de déclencher la profonde souffrance de leur mère.

« Essayez de vous rappeler la façon dont vous étiez traité au même âge. »

Notre parentalité ne s’améliore pas simplement parce que nous utilisons des informations et des conseils de meilleure qualité. Ce qui transforme le plus la relation que nous avons avec nos enfants, c’est notre travail intérieur : notre volonté d’apprendre, de guérir et de grandir.

Une mère avec laquelle j’ai travaillé a découvert que sa relation avec sa fille s’était détériorée lorsqu’elle était devenue adolescente. Elle se retrouvait souvent en colère contre sa fille et d’humeur critique envers elle. Leur relation était de plus en plus conflictuelle et, au pire de la situation, les sentiments de la mère et de la fille se rapprochaient de la haine. La mère était mortifiée par la culpabilité et angoissée par la distance croissante entre elles… … jusqu’à ce qu’elle commence à s’intéresser réellement aux sentiments que sa propre relation avec sa mère avait éveillés en elle lorsqu’elle était adolescente. Sa propre mère n’avait eu de cesse de chercher la petite bête et de la juger, et ne lui avait « jamais dit un mot gentil à l’adolescence ». En tant qu’adolescente, elle se sentait en décalage, honteuse et en colère. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait trouvé la relation avec sa propre fille adolescente si difficile : elle n’avait jamais été autorisée à être une adolescente elle-même. Lorsqu’elle a partagé cela avec moi, elle a pleuré de colère et de tristesse.

En détournant son attention de son comportement extérieur vers ce qu’elle ressentait à l’intérieur, la mère a vu les jugements qu’elle portait contre sa fille commencer à se dissoudre, et sa culpabilité et les reproches qu’elle s’adressait à elle-même ont commencé à se dissiper. Plus elle éprouvait de la compassion pour elle-même, plus elle acceptait les caractéristiques naturelles de l’adolescence chez sa fille : son humeur changeante, ses opinions affirmées, sa remise en question de l’autorité et sa soif d’aventure. La mère et la fille ont ainsi bientôt parlé plus ouvertement, découvrant leurs mondes intérieurs respectifs, et une nouvelle amitié a commencé à se développer entre elles.

Nous connaissons tous le proverbe « Médecin : guéris-toi toi-même ! ». En voici un autre qui s’applique à nous tous : « Parent : élève-toi toi-même ! ».

Pourquoi se libérer de la culpabilité

Un enfant en bonne santé et émotionnellement sécure proteste spontanément lorsque vous le blessez ou le décevez, sans s’embarrasser d’un langage châtié ! Chez les jeunes enfants, on entend généralement : « Tu es une mauvaise maman ! » ou « Tu es bête comme papa ! ». Il peut s’agir de paroles légèrement plus hautes en couleur lorsque c’est un adolescent qui exprime son mécontentement.

Je n’encourage aucun parent à accepter les attaques verbales de ses enfants. Il est cependant nécessaire d’écouter avec empathie et de valider leurs sentiments pour permettre la guérison et le renouvellement. Et c’est pour cette raison qu’il est vital que nous nous libérions de la culpabilité parentale pour que l’amour circule entre nous et nos enfants. Ce n’est que lorsque nous ne sommes pas en proie à la culpabilité, à la honte ou au décalage que nous semblons avoir l’espace nécessaire pour respecter le droit de protestation de nos enfants. Une estime de soi intacte est ce qui nous donne assez de force pour pouvoir vraiment entendre nos enfants lorsqu’ils nous disent : « Papa, tu me déçois ! », « Papa, tu me fais mal ! » ou « Maman, tu ne m’écoutes pas ! ». Écouter nos enfants avec équité est un cadeau, car il faut que les sentiments soient entendus et validés pour que l’amour puisse revenir et que nous puissions ainsi passer à autre chose. Les enfants ne nourrissent pas de rancune comme les adultes peuvent le faire. Leur ressentiment s’évanouit au moment où ils se sentent entendus et ils vous disent alors que vous êtes le meilleur parent du monde. Mais la culpabilité ou la honte peuvent nous conduire à étouffer les tentatives de nos enfants visant à restaurer la relation. Quand ils expriment leurs griefs et que nous évitons, nions ou minimisons leurs sentiments, cela leur donne l’impression de ne pas être importants. À cause de notre culpabilité, nous devenons hypersensibles et il devient difficile de nous parler.

Lorsque l’honnêteté émotionnelle remplace la culpabilité parentale, c’est comme si le soleil se levait de nouveau pour la famille. Les relations deviennent beaucoup plus agréables et le rire retrouve sa place dans le foyer. Votre enfant n’attend pas de vous que vous rampiez, que vous demandiez pardon, que vous vous rabaissiez ou que vous vous diminuiez de quelque façon que ce soit. Tout ce qu’il veut, c’est que vous admettiez et reconnaissiez sincèrement ce que vous avez fait ou non, et les sentiments que cela lui a inspirés, et voir que vous voulez réellement apprendre et grandir. Ce n’est pas si difficile ; cela implique simplement d’ouvrir son cœur et de faire preuve d’humilité et de vulnérabilité émotionnelle. Les récompenses en valent la peine. D’ailleurs, si vous y parvenez, vous serez étonné de voir à quel point vos enfants peuvent vous accorder leur pardon.

Alors, qu’est-ce qui fait de nous de « bons parents » ?

En tant que père, j’ai commis tellement d’erreurs et me suis parfois montré si impatient, irritable et injustement autoritaire que si mon estime personnelle dépendait de ma capacité à être un « bon papa », je serais en mauvaise posture ! Alors, à quoi tient notre estime personnelle en tant que parent ?

J’exhorte tous les parents à revoir la définition d’un « bon parent » : cela n’a rien à voir avec la fréquence à laquelle nous faisons les choses correctement pour nos enfants ou avec le nombre d’erreurs que nous commettons. Être un bon parent implique d’être disposé à reconnaître ouvertement ses erreurs et son manque d’empathie, et à être assez humble pour s’excuser si nécessaire. Il s’agit en outre de s’engager sans cesse à apprendre, guérir et grandir. Si nous aimons nos enfants pour ce qu’ils sont et évitons de nous prendre trop au sérieux, cet objectif est tout à fait à notre portée.

Comme certains d’entre nous en ont fait l’expérience plus tôt que les autres, blesser et décevoir nos enfants, tôt ou tard, fait partie intégrante de la parentalité. Nous avons beau les aimer au-delà de toute mesure, il nous arrive de les blesser. Les raisons sont innombrables et il est douloureux de le reconnaître. En général, nos points faibles en tant que parents concernent précisément des domaines où nous avons été blessés en tant qu’enfants, là même où nous avons besoin de guérir et d’être soutenus. Ces limites bien trop humaines ne définissent pas notre relation avec nos enfants. Une relation d’amour n’est pas une relation où les blessures n’existent pas. Il est possible de nouer une relation extrêmement enrichissante avec son enfant lorsqu’on la renouvelle régulièrement en disant et en écoutant les vérités émotionnelles.

Par Robin Grille

Traduit par Annabelle.M pour oummi-materne.com

Article original : « Parent Guilt – A silent epidemic »

Justine

" L'espoir qui reste à l'humanité, c'est qu'un jour les parents puissent vraiment agir dans l'intérêt des enfants, qu'ils deviennent assez conscients pour être du côté de l'enfant et pour l'aider à se développer dans la liberté, l'intelligence et l'amour " A.S Neill

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