Périnatalité

A cette satanée d’épisiotomie

J’ai accouché de mon troisième enfant le 13 décembre 2016. Une belle naissance, rapide, naturelle et toujours aussi magique. Sauf quand, assommé par le gaz que je venais de respirer, on m’a dit : « On vous a fait une épisiotomie. »

Sur le coup, je n’ai pas spécialement saisi ce qu’on me disait et puis, en toute franchise, je m’en fichais. Je préférais contempler ma merveille, mais j’ai vite déchanté quand les problèmes sont arrivés.

Je suis restée plusieurs semaines avec une cicatrice qui me faisait souffrir. J’essayais de comprendre et j’avais l’impression que les points n’avaient pas tenu, ce qui m’effrayais. J’avais peur d’être mutilée à vie. Mais j’étais totalement prise par les problèmes de santé de mon bébé, la priorité c’était lui, juste lui. Mon corps soufrait, mon cœur souffrait et cette cicatrice pouvait bien attendre.

Un jour, ma sage-femme m’a appelé pour prendre des nouvelles de mon fils. Elle me demande de mes nouvelles également. J’en profite pour lui confier mes préoccupations au sujet de ma douleur liée à l’épisiotomie. Elle me propose de venir le lendemain chez moi pour vérifier si je suis d’accord.

Le lendemain arrive, j’étais de retour chez moi pour sa visite. Elle me consulte et me dit que l’épisiotomie a mal cicatrisée. Avec un petit stylo, elle « brûle » la peau qui a mal cicatrisée pour que cela ne me fasse plus mal. Elle a pu soulager une douleur, mais visiblement une autre est encore bien présente et semble plus complexe.

19 mois plus tard, j’en suis là.

Chaque mois, lorsque ma période menstruelle arrive, mon épisiotomie brûle, cette sensation de coups de couteaux, cette douleur horrible qui te paralyse. Elle t’empêche d’avoir une vie car tu souffres à cette période-là. Je deviens fragile et à vif. Tu redoutes tes passages aux toilettes, car clairement, tu souffres le martyre. Une douleur sournoise, qui part et qui revient.

J’ai l’impression d’avoir perdu le contrôle de mon corps. J’ai l’impression qu’on m’a imposée cette situation, car je n’en voulais pas. J’en suis même à regretter ma déchirure, un périnée complet compliqué qui avait merveilleusement bien cicatrisé en une semaine, aucune douleur ! Mais non, suis-je bête.. « Une épisiotomie vaut mieux qu’une déchirure ». 

Je me dois malgré tout rappeler que le collège national des gynécologues obstétriciens a émis des recommandations précisant que l’épisiotomie ne prévient pas les déchirures graves. 

J’entends déjà les fervents défenseurs de ces protocoles me taxer de « chochotte », « chipoteuse » et même me dire : « hé, ho!, y a pas mort d’homme». Je ne suis pas morte, c’est sûr et heureusement mon enfant non plus. Mon enfant n’était pas en danger d’ailleurs. C’était une épisiotomie de « prévention ». Et quand j’ai lu ceci :

«Lorsque le périnée semble sur le point de se rompre au moment de l’expulsion, une pratique systématique de l’épisiotomie n’est pas nécessaire. Dans cette situation, une politique restrictive de l’épisiotomie permet de multiplier par trois le taux de périnées intacts sans pour autant augmenter le risque de déchirures du troisième degré.»

J’ai ressenti en plus de la colère, beaucoup de colère. On ne m’avait pas informé et visiblement la sage-femme n’avait pas pris en compte les recommandations du cngof.

Aujourd’hui, j’ai juste envie de briser le silence autour de l’épisiotomie, beaucoup de femmes souffrent suite à cela alors osons en parler !

 » L’espoir qui reste à l’humanité, c’est qu’un jour les parents puissent vraiment agir dans l’intérêt des enfants, qu’ils deviennent assez conscients pour être du côté de l’enfant et pour l’aider à se développer dans la liberté, l’intelligence et l’amour  » A.S Neill
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 » L’espoir qui reste à l’humanité, c’est qu’un jour les parents puissent vraiment agir dans l’intérêt des enfants, qu’ils deviennent assez conscients pour être du côté de l’enfant et pour l’aider à se développer dans la liberté, l’intelligence et l’amour  » A.S Neill

Comments (2)

  1. Bonjour Justine, parmi les complications possibles de l’épisiotomie il arrive qu’il y ait une endométriose. Voir: Collectif (2006). Recommandations pour la pratique clinique. Episiotomie. Texte des recommandations. Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction Vol 35, N° S1 – février 2006 pp. 77-80 ➡ http://afar.info/id=2367
    ou là: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3998897/ Autres articles sur le côté de l’article et bien sûr une bibliographie.
    C’est en lisant votre témoignage la piste qui me vient en tête et qu’il faudrait confirmer ou infirmer par examen. Interroger aussi la/les personnes qui vous suivent sur le risque de fibrose. N’hésitez pas à nous rejoindre sur episio.info groupe https://m.facebook.com/profile.php?id=207359699755701&ref=content_filter
    Barbara Strandman pour episio.info (AFAR)
    https://episio.info
    https://afar.info

  2. Bonjour Justine ! Moi aussi j’ai eu le droit à une épisio « de sécurité » (c’est comme ça qu’on m’en a parlé) il y a maintenant 3 ans. Après plus de 20 séances de rééduc, mon périné ne fonctionnait toujours pas correctement (merci les fuites urinaires)! J’ai eu un 2ème enfant né sans péridural et sans épisio, sans déchirure, rien! Je suis repartie de là où j’en étais restée (mais cette accouchement n’a pas eu d’impact négatif). J’ai enfin rencontré une kiné qui m’a dit que mes problèmes étaient sûrement lié à mon épisio mal cicatrisée, et qu’il allait falloir pas mal de travail pour que ça fonctionne de nouveau correctement. Alors oui, je n’en suis pas morte non plus, mais on doit vivre avec, ses douleurs et ses conséquences.
    J’aimerais beaucoup que l’on arrête de mentir aux femmes concernant cet acte qui est tout sauf anodin!

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