Actualité

Pourquoi je soutiens la proposition de loi visant à abolir la violence faite aux enfants?

Comme vous l’aurez remarqué, l’actualité de ces derniers jours relance le débat. En effet, le 29 novembre les députés devront se prononcer sur une proposition de loi contre les violences éducatives ordinaires. Une proposition portée par Maud Petit. 

Je ne sais pas ce qu’il m’a pris de vouloir lire les commentaires sous un post Facebook relayant un article parlant justement de cette proposition de loi. Mon cœur a saigné. Nous sommes bientôt en 2019 et nous sommes là, à débattre sur le droit de corriger un enfant. Je trouve cela hallucinant tout de même. On parle de dignité humaine ! A quel moment cela se débat-il? Est-ce que nous avons encore ce débat sur le droit de corriger sa femme? Non bien sûr, cela serait choquant. Pourquoi est-ce que ce serait différent pour un enfant?

Je ressentais ce profond besoin de prendre la parole, et d’expliquer pourquoi je soutiens la proposition de loi visant à abolir la violence faite aux enfants. Je ne parle au nom d’aucune association, d’aucun « camp », je parle juste au nom de moi-même.

Beaucoup également pensent que cette loi sera punitive. C’est-à-dire qu’elle sanctionnera les adultes, or ce n’est absolument pas le cas et là aussi j’aimerais faire une parenthèse pour que les choses soient bien claires.

Je ne m’attends pas à changer les choses grâce à ce modeste petit billet, mais si cela peut permettre à quelques personnes de se poser des questions et ainsi revoir leur idée, j’en serai déjà très heureuse.

Qu’est-ce que la violence éducative ordinaire?

La violence éducative ordinaire, ce sont toutes ces violences physiques, certes, mais aussi psychologiques et verbales, utilisées par l’incontestable autorité parentale pour contraindre et soumettre l’enfant. L’adulte est dans une position où il se croit plus puissant, plus expérimenté et par dessus tout, il sait forcément mieux que l’enfant ce qui est bon pour lui. Sur ce principe l’enfant devra obéir « pour son bien ».

Dans les violences éducatives ordinaires, je classe : les coups, les chantages, les jugements, les dévalorisations, les isolements, les promesses non tenues, les jeux de pouvoir/de force, les manipulations quotidiennes qui rendent cette violence « ordinaire ». Et pourquoi éducative? Car l’argument premier sera toujours que tout ceci est fait au « nom de l’éducation ». Mais on pourrait résumer la VEO à un adulte qui ne considère pas l’enfant à son niveau, ayant les mêmes droits que lui.

Elle passe inaperçue puisqu’énormément de personnes y ont recours sans jamais la remettre en question. On se la transmet de génération en génération comme modèle éducatif par défaut, pensant que c’est la seule façon de faire, car pour se forger à la vie et pour obéir, il faut que l’enfant prenne des coups, « ça le forge ». Sinon comment craindra-il ses parents et, par défaut, les respectera ? Et après tout, comment faire autrement quand on n’a connu que ça ?

Pourquoi je soutiens cette loi en trois points

1- La France déjà épinglée

Pour ceux qui ne le savent pas, cela fait 29 ans que la France a signé la convention internationale des droits de l’enfant où l’article 19 l’engage à adopter un texte prohibant les violences éducatives ordinaires. Pourtant, la France fait partie des 5 pays dans l’Union européenne à toujours autoriser la violence faite aux enfants. (Belgique, Italie, Royaume-Uni et République Tchèque)

En 2016, la France a été pour la quatrième fois rappelée par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU « d’interdire expressément les châtiments corporels dans tous les milieux, y compris au sein de la famille. »

« C’est un enjeu de santé publique », insiste la députée qui relève le lien entre violence éducative et maltraitance : « La première est le terreau de l’autre ». Selon les études, 75 % des maltraitances caractérisées ont lieu dans un contexte de punitions corporelles « à but éducatif » pour lesquelles des parents n’ont pas appris à empêcher l’escalade. – extrait Le Parisien

L’année dernière encore, j’ai cru en mon pays, j’étais fière car la France avait fait un pas en matière d’éducation et de respect des enfants en votant une loi abolissant tous châtiments corporels sur les enfants, leur donnant ainsi le même droit que les adultes, au respect de leur intégrité physique et psychologique. Sauf que… le Conseil constitutionnel censure la loi pour vice de forme.

Mais cette année, j’y crois. Oui, j’y crois, car la PPLVEO bénéficie de soutiens importants : Agnès Buzyn, Ministre de la Santé et des Solidarités – Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la Justice – Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, François de Rugy, Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, et dernièrement Brigitte Macron a également apporté son soutien !

2- Protéger les enfants

« Pourquoi appelle-t-on agression le fait de frapper un adulte, cruauté le fait de frapper un animal, mais éducation le fait de frapper un enfant ? »

Aujourd’hui, en France, les enfants sont les seuls à ne pas être protégés par une loi. Si je frappe ma femme, je suis condamnable. Si je frappe mon voisin, je suis condamnable. Si je frappe, même régulièrement et intensément mon enfant, je peux sortir ma carte joker, c’est mon « droit de correction ». Si ce droit de correction existait encore sur une femme, on crierait immédiatement au scandale. Finalement, pourquoi est-ce que c’est différent pour un enfant? N’ont-ils pas le droit, eux aussi, au respect de leur intégrité physique et psychologique?

Actuellement, le droit de correction est reconnu pour les parents, les enseignants et les baby-sitters. A l’école, seule une circulaire interdit d’avoir recours aux châtiments corporels. Les lieux de santé, d’accueil n’ont aucun texte interdisant les VEO. La proposition de loi a pour but, entre autres, de poser un interdit sociétal.

Seule la maltraitance est punie par la loi, or les dernières études confirment clairement le lien entre les violences éducatives ordinaires et le risque accru de « maltraitance caractérisée ». Certains adultes tombent dans l’escalade de la violence et ne peuvent pas l’empêcher, c’est ce qui est dramatique.

Lire: Une étude confirme le lien entre recours à la fessée et risque accru de “maltraitance caractérisée”– vous y trouverez le lien des études.

« Les enfants qui ont subi des fessées par leurs parents ont 7  fois plus de risques de subir de leur part des maltraitances sévères que ceux qui n’en n’ont pas subi, et quand ils les ont subies bébés, ils ont 2 à 3 fois plus de risques de subir des blessures nécessitant une prise en charge médicale. » – Muriel Salmona

Sans compter le fait que les violences éducatives ordinaires peuvent avoir de réelles conséquences sur la santé physique et mentale de l’enfant. Ce fait est appuyé par le rapport de l’OMS sur la violence et la santé de novembre 2002.

Je me permets de citer un extrait du dossier « Voter une loi d’interdiction des violences éducatives ordinaires. Le ferez-vous dans les 100 premiers jours de votre mandat ? » édité par plusieurs associations. Il contient plusieurs études, je trouvais donc important de le citer car pour réussir à mettre un déclic ou au moins être sur ce chemin-là, il faut « malheureusement » s’appuyer sur beaucoup d’études.

« Des chercheurs de l’université d’Austin au Texas ont réalisé une méta-analyse parue en 2016, regroupant les données de 75 études, réalisées sur une période de 50 ans, portant sur 13 pays et 160 000 enfants. Cette étude révèle que les punitions corporelles favorisent les troubles du comportement. Les chercheurs ont distingué la fessée des autres punitions corporelles.

Ainsi, selon eux, la fessée ne garantit en rien aux parents une meilleure discipline, que ce soit à court terme ou à long terme : ils ne coopèrent pas mieux, n’arrêtent pas leur comportement, ne sont pas moins agressifs, n’améliorent pas leur comportement en société.

Au contraire, ils deviennent plus agressifs. Les universitaires ont également analysé les effets sur le long terme pour les adultes ayant reçu des fessées dans leur enfance.

Résultat : ceux qui avaient été fessés le plus souvent sont aussi ceux qui souffrent le plus fréquemment de problèmes mentaux, d’une baisse de l’estime de soi, d’une baisse des performances, des liens avec des blessures physiques, ou de troubles de comportement antisocial.

« La société pense que la fessée et les châtiments corporels sont très différents, or nos recherches montrent que la fessée entraîne les mêmes résultats sur les enfants mais à un degré moindre » –Spanking and child outcomes, Gershoff & Grogan-Kaylor, 2016.

La psychiatre Muriel Salmona rapporte les résultats d’une étude démontrant que la violence éducative à elle-seule est responsable d’environ 10% des maladies mentales. Il s’agit donc d’un véritable problème de santé publique ; y remédier contribuerait à baisser efficacement les dépenses engendrées par les troubles pré-cités. »

3- Apporter des pistes aux adultes

Comme je le disais plus haut, la proposition de loi n’a pas pour but de « punir », elle n’apportera aucune sanction pénale. Le but n’est pas de stigmatiser, mais de faire comprendre aux parents qu’on peut éduquer un enfant sans violence. Le but est de favoriser une prise de conscience collective, même si cela se fera certainement sur plusieurs générations.

Cette loi permettrait également de mettre en place des campagnes d’informations, la formation de professionnels, un affichage chez les médecins, une inscription de l’interdiction dans le carnet de santé, mettre en place des dépliants dès la maternité…

Toutefois, tous les parents savent que ce n’est pas tous les jours facile, notre cerveau a enregistré ce que nous avons vécu enfant et nous reproduisons parfois inconsciemment ce schéma familial. Certains arrivent à déminer cette mémoire traumatique, d’autres restent dans le déni. Les parents pourront donc être aidés, accompagnés et soutenus, afin qu’ils permettent à leur tour à leurs enfants de devenir des adultes épanouis.


Sources:

Une nouvelle loi «anti-fessée» proposée à l’Assemblée fin novembre

Loi «anti-fessée»: «Ce que l’on n’accepte plus sur une femme ou un chien, on ne doit plus l’accepter sur un enfant»

Interdiction de la fessée : «Il n’y a pas de petite ou grande claque»

Qu’est-ce que la violence éducative ordinaire ? (Une présentation du site de l’OVEO)

 » L’espoir qui reste à l’humanité, c’est qu’un jour les parents puissent vraiment agir dans l’intérêt des enfants, qu’ils deviennent assez conscients pour être du côté de l’enfant et pour l’aider à se développer dans la liberté, l’intelligence et l’amour  » A.S Neill
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 » L’espoir qui reste à l’humanité, c’est qu’un jour les parents puissent vraiment agir dans l’intérêt des enfants, qu’ils deviennent assez conscients pour être du côté de l’enfant et pour l’aider à se développer dans la liberté, l’intelligence et l’amour  » A.S Neill

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