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Le deuil de son allaitement

Faire son deuil de l'allaitement

Il y a un bout de temps déjà que je voulais écrire sur ce sujet "le deuil de son allaitement" qui était très trop sensible, j'ai eu du mal à trouver les mots car cette plaie était encore douloureuse et représentait un réel travail de deuil.

Je sais, pour certain-e-s le mot "deuil" est incompris, pourtant il reflète parfaitement le sentiment des mères vivants cette situation. On ressent un profond sentiment de tristesse, une réelle souffrance face à cette partie de la maternité qu'on a perdu.

Je ne m'attends pas non plus à ce qu'on me comprenne

Dans une société où l'allaitement peine à être vu comme la norme biologique

comme une continuité de la grossesse, comme un acte naturel et important, autant pour la mère que pour l'enfant si on en croit ses bienfaits. Je ne m'attends pas à ce qu'on me comprenne, surtout lorsqu'on me répond : "Oh, ce n'est pas grave, le lait maternisé est tout aussi bon pour un enfant!", "Je n'ai pas été allaité et je me porte à merveille" ou même "Mieux vaut un biberon donné avec amour qu’un sein donné à contrecœur". Je sais très bien que derrière ces phrases maladroites (je ne parlerai pas du fond, uniquement de la forme!) se cachent de très bons sentiments, une envie d'apporter du soutien, lui donner envie d'aller de l'avant, mais en réalité c'est plus profond que cela. Derrière ces phrases, qui peuvent faire du bien sur le moment certes, la personne peut ressentir que sa peine n'est pas justifiée, qu'elle n'a pas de raison d'être, qu'on a tort de ressentir cela.

Je crois que la première étape du deuil de l'allaitement est ici

Permettez-vous d'avoir et de ressentir ces émotions : tristesse, déception, souffrance. Laissez-vous le temps de les vivre. Permettez-vous de pleurer toutes les larmes de votre corps si cela est nécessaire pour cet allaitement que vous avez imaginé, idéalisé... Aucune honte à cela !

Pour continuer après cette étape, la deuxième serait d'admettre qu'il y a des choses qu'on ne contrôle absolument pas. On peut prendre l'exemple de l'accouchement. On passe neuf mois à se l'imaginer, l'idéaliser et puis la réalité peut être très différente et là aussi le choc peut être terrible, simplement car parfois il y a des choses qui nous échappent, nous ne contrôlons pas tout. Comme dans mon cas, un bébé né avec une malformation. Ça a été tellement difficile, tout me glissait entre les doigts, je n'avais de contrôle sur rien mais lui apporter mon lait tiré était mon seul réconfort, la seule petite chose que je pouvais faire pour lui. Mais très vite, malgré les bons conseils, je ne tirai pas assez pour répondre aux besoins de mon bébé, à la pression de l'équipe, à la fatigue et l'angoisse intense qui m'habitait. Cet échec a été hyper violent, je me disais :

Tu ne peux même pas faire ça pour lui?" Je refusais d'écrire sur l'allaitement et je devenais limite agressive face à ce sujet, j'étais rongée par la culpabilité, la honte, la colère (ce sont MES sentiments, mon propre ressenti!)  : "Ecrire sur l'allaitement? Je serais une belle hypocrite!" Je pouvais même remettre ma culpabilité sur les femmes allaitantes, refusant d'admettre ma peine, refusant d'admettre que ce n'étaient pas elles mes ennemies, mais plutôt cette société qui ne comprend pas ce désir d'allaiter.

deuil allaitement

Et puis j'ai pu discuter avec différentes mamans, avec des parcours différents : celles qui ont eu un allaitement paisible, celles qui ce sont accroché malgré les difficultés rencontrées, celles qui n'ont pas été soutenues, qui n'ont pas reçu d'informations, celles ayant dû se faire une raison, l'allaitement était impossible (c'est rare, mais ça existe). A chaque fois on m'a écoutée, on a reconnu ma souffrance, on a échangé sur nos expériences, on m'a soutenue. Petit à petit, ma plaie s'est refermée en voyant mon fils se remettre, être en pleine forme même si je sais que l'allaitement était mieux, je n'ai pas contrôlé ce qui s'était passé. J'aurais pu me torturer des jours, semaines voire même des années avec ces sentiments négatifs, mais qu'est-ce que cela m'aurait apporté ? Je ne suis pas totalement débarrassée de la honte, mais j'ai parcouru un long chemin et j'en suis fière. Je vais bien aujourd'hui, je peux en reparler sans tristesse et je ne me sens plus "hypocrite".

Enfin je terminerai en disant que faire ce deuil n'est ni étrange ni mauvais, que c'est un processus normal et nécessaire, pratiquement obligatoire pour retrouver un équilibre. Cela demande du temps, certes, mais vous y arriverez et vous irez mieux.

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Ecrit par Justine

" L'espoir qui reste à l'humanité, c'est qu'un jour les parents puissent vraiment agir dans l'intérêt des enfants, qu'ils deviennent assez conscients pour être du côté de l'enfant et pour l'aider à se développer dans la liberté, l'intelligence et l'amour " A.S Neill

8 Comments

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  1. Je comprends, pour moi cela aurait du être naturel. Je n’y ai même pas réfléchi, après la naissance j’allaiterai. Malheureusement, mal accompagnée, mal renseignée ou moi qui m’y prennait mal, je n’en sais rien. Je n’ai pas réussi, bébé ne prennait pas de poids et je commençais à seulement 2 jours d’allaitement à avoir des crevasses. Je n’y arrivais simplement pas. Je demandais sans arrêt de l’aide et lorsqu’on me laissait seule avec ma fille elle lâchait mon sein et pleurait je n’arrivais plus le lui redonner correctement. Résultats : je faisais de la fièvre et ma tention était trop élevé. Peut-on être une bonne mère si on est pas capable d’allaiter ? Et puis mon conjoint a dit stop, malgré les encouragements des médecins à continuer, il voyait bien que ça n’allait pas. Finalement, une fois l’allaitement arrêté, ma tension a chuté et ma fièvre aussi. Mais c’est un sujet encore sensible, je voulais allaiter. Je n’ai pas réussi.

  2. Ton article est très émouvant..
    J’ai eu aussi beaucoup de mal à faire le deuil de mon allaitement et je crois qu’au fond de moi je ne l’ai pas encore totalement fait .. j’ai les larmes aux yeux en lisant car c’est tout à fait les sentiments que j’ai ressenti face à l’échec.. ce qu’on peut se sentir seule à ce moment là…
    J’apprends à vivre avec et je ferai tout pour que mon deuxième allaitement si j’ai la chance d’avoir un deuxième enfant soit mieux géré que ce premier…

  3. Merci pour cet article. Vous venez de m’aider à cicatriser une plaie béante depuis 4 ans. Je suis rasta, à l’époque je bossais dans un magasin bio…à l’évidence j’étais une maman hyper nature et je devais allaiter. Ce qui était mon souhait le plus cher mais qui n’a pas fonctionné comme je l’avais tant rêvé. J’ai eu honte de ne pas réussir…cette honte qui fait basculer d’un baby blues à une dépression post natale sévère me donnant toujours l’impression de justifier que ma fille prenait le biberon. Et de subir le regard méprisant de certains. Pour bb2 j’ai recommencé, allaitement mixte conduit jusqu à ses 8 mois. On y arrive peu à peu. Qui sait pour bb3? J’ai de l’espoir. Merci 💖

  4. Enfin quelqu’un en parle, c’est très touchant vraiment. Pour ma première fille l’ allaitement n’a durer que une semaine, mal informée , et énorme pression sur le poid du bebe pour arrêter, c’etait terrible j’ai pleuré tant pleuré, j’ai ressenti un énorme échec, et personne avec qui en parlait ,personne autour de moi ne comprenait d’ailleurs même pourquoi je “m’enbetEr” avec ça . Cette frustration je l’Ai garder des années , et puis je me suis renseigné toute seule , j’ai tout appris de l’aLlaitement sur internet sur des sites spécialisés. Enfin est venus le moment où je retombe enceinte 6ans après . Alors la bizarrement j’ai commencé as me protéger, j’avais tellement peur d’un nouvel échec que je me répéter sans cesse ont verra ça sera sûrement des biberons . Il est venus au monde et as téter super bien pendant 2h ! Je n’ai écouté que mon bébé et moi , et aujourd’hui j’en suis as 7mois d’allAitement , une revanche , une victoire, une fierté énorme. Je suis comblé et je vous souhaite sincèrement la même chose

  5. Merci, merci pour ce témoignage… effectivement c’est un deuil.. Je ne me sens toujours pas légitime car j’ai pu allaiter mes 2 enfants 15 et 13 mois. De quoi se plaint elle me direz vous? Et bien pour ma dernière, l’allaitement s’est brusquement arrêté sur une grève de la tétée que nous n’avons pas su surmonter. Je l’ai vu hurler, souhaitant téter, mais le refusant. Notre dernière tétée était dans l’urgence de mon départ pour un déplacement professionnel, je devais prendre un train, j’étais pressée et sans doute pas disponible pour elle. Elle, voulait prendre son temps. Je suis partie 2 jours et n’a plus jamais voulu reprendre. J’en ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j’ai culpabilisé. Cette brutale coupure, cette déchirure entre nous. Des fois, j’ai l’impression que cette distance est encore entre nous (elle a 2 ans 1/2). Je la vois, même encore maintenant, téter la nuit son doudou…. J’ai fait une petite dépression suite à cet épisode. Cette grève que je n’ai pas pu résoudre, calmer, guérir… Et c’est en te lisant que je réalise qu’effectivement je n’ai pas fait le DEUIL de notre allaitement. Et j’attends impatiemment le petit 3ème pour espérer panser cette blessure chez moi. C’est assez égoïste (car cela ne pansera rien chez ma fille), c’est une pression supplémentaire. Mais je ne sais pas comment guérir autrement de cette déchirure…

  6. Je pleure encore quand je te lis. Je n’ai pas pu allaiter mon 3 ème enfant du à fente palatine. J’ai tiré mon lait pendant 1 mois et demi jusqu’à je n’ai pas arrivé à un épuisement total. J’ai pleuré tout les jours, même hurlé. J’avais mal au ventre tellement ça me déchire. J’avais l’impression de perdre une relation avec mon dernier. Les gens me demandent qu’est ce que c’est que je ressens. Je ne sais pas, c’est l’instant c’est animalier tellement fort et inexplicable. Il a 4 mois mnt et je commence à ne pas être gêné avec le biberon. La douleur est toujours là quand j’y pense… merci pour ton témoignage, c’est beau.

  7. Super article ! Plutôt touchant …

    De mon côté l’allaitement m’a paru logique et finalement ça a pas était si simple. Bon j’ai quand même tenu le coup le temps prévu. Finalement j’en tire une expérience chouette mais je crois que la prochaine fois la technique sera moins naturelle si vous voyez ce que je veux dire !

    En tout cas, je souhaite du courage à toutes les mamans mais surtout beaucoup de bonheur !!

    Et surtout … même après cette période si vous avez un coussin d’allaiteent Gardez le c’est super pour dormir 😉

  8. Merci pour cet article qui met des mots sur ce que l’on ressent mais que l’on a du mal à exprimer parfois. Je voulais vraiment allaiter mon premier, mais je n’ai pas réussi et je n’ai pas su tenir plus que quelques jours à cause de mauvais conseils et de manque de soutien. Je me rassure en me disant que le biberon présente beaucoup d’avantages, que je constate au quotidien. Mais cela restera toujours un échec, et pour ma prochaine grossesse je sais que je m’accrocherai davantage !

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