SLT – C8 : Education « bienveillante », le mythe du parent parfait, vraiment ?!

SLT – C8 : Education « bienveillante », le mythe du parent parfait, vraiment ?!

Hier soir, à 19h sur la chaîne télévisée C8, a eu lieu l’émission « Salut les terriens » dans laquelle Isabelle Filliozat, célèbre auteure et psychothérapeute a fait une apparition. Elle a reçu pendant un peu plus de deux heures chez elle, une journaliste qui l’interviewait. Elle prévient que son intervention donnera suite à un débat entre chroniqueurs.

Naïvement, j’ai pensé : « Je le sens pas très bien (l’éducation bienveillante a toujours été victime de clichés), mais après tout pourquoi pas ! Isabelle Filliozat a vraiment un don pour capter l’attention des gens et maintenir l’intérêt. Elle maîtrise parfaitement son sujet alors oui, elle va peut-être pouvoir semer des graines et éveiller les consciences. »

Comme je l’ai dit, j’ai été bien naïve. La chronique de Natacha Polony débute, le titre annonce la couleur :

Education « bienveillante » : le mythe du parent parfait.

Boum. Premier cliché, celui du parent « parfait ».

Cette émission m’a tellement révoltée, bouleversée, énervée qu’il fallait que je revienne dessus, mais que surtout que tous les clichés et stéréotypes qui ont été dits soient démontés. Plus que ça, car bon, si vous pratiquez une éducation bienveillante avec vos enfants, ce genre de remarques toutes faites et infondées, on en a l’habitude, mais où vraiment mon sang n’a fait qu’un tour c’est cette légitimation, cette minimisation des violences qui sont faites aux enfants sous couvert de « l’éducation ». Vouloir par le biais de la manipulation des esprits, que la société refuse et rejette la proposition de loi anti-châtiments corporels qui a été récemment déposée. Je pense que comme toujours, les médias savent très bien mener leur barque et arriver à leur fin. Aujourd’hui, la Fondation pour l’enfant a demandé un droit de réponse, mais en attendant je reviens sur cette émission à travers ce billet.

Retour sur l’émission Salut les terriens

Natacha Polony débute sa chronique en essayant d’expliquer l’éducation bienveillante, elle l’a défini comme ceci :

« Le truc, c’est de nous expliquer que la fessée, la violence éducative ordinaire ça traumatise les enfants et c’est néfaste. »

Elle poursuit en parlant de la Fondation pour l’enfant, notamment en diffusant sa dernière campagne de sensibilisation « Les mots font mal » (et non publicité comme vous le dites Natacha, car ce n’est pas la même chose du tout et les deux n’ont pas le même but !). Elle précise que c’est une association qui depuis le départ était là pour les enfants battus, maltraités mais que depuis quelques années elle s’est spécialisée dans la lutte contre les violences éducatives ordinaires. En ajoutant :

« Encore faut-il faire la différence entre frapper son enfant de façon brutale et répétée, et une petite fessée. Mais non on ne fait pas la différence. Surtout, ça va beaucoup plus loin. »

J’aimerais réagir sur cela avant de poursuivre. Non Natacha, on ne fait pas la différence puisqu’il n’y en a aucune en réalité. Il n’y a de « petite » fessée, il n’y a pas de « petit » coup sans conséquences sur la santé de l’enfant et sur le risque de maltraitances : plus la fréquence des punitions corporelles même légères, est fréquente, plus le risque est grand que l’enfant subisse des traitements très violents. 75% des situations de maltraitance commencent par des punitions corporelles. Les enfants ayant subi des fessées par leurs parents ont 7 fois plus de risques de subir de leur part des maltraitances sévères que ceux qui n’en n’ont pas subi, et quand ils les ont subies bébé, ils ont 2 à 3 fois plus de risques de subir des blessures nécessitant une prise en charge médicale.

De plus, des recherches ont démontré que l’impact des violences subies enfant se poursuit à l’adolescence et à l’âge adulte, avec une augmentation du risque de présenter des pathologies psychiatriques, telles que des troubles dépressifs, anxieux, des états de stress post-traumatiques, des troubles addictifs (drogues, alcool, tabac), des troubles de la personnalité, des conduites à risque et des suicides, associées à des pathologies somatiques telles que des troubles cardio-vasculaires, pulmonaires, digestifs, endocriniens, immunitaires, ainsi que des risques de développer un diabète, une obésité et des douleurs chroniques. L’étude prospective de Felitti et Anda avait mis en évidence que les expériences traumatisantes chez les enfants (ACE – Adverse Childhood Experience) entraînaient des effets négatifs sur la santé 50 ans après, et étaient même le déterminant principal de la santé à cet âge.

On dit aussi qu’une fessée n’a jamais tué personne, pourtant encore en 2018, chaque jour en France, deux enfants meurent sous les coups de leurs parents. Et plus le parent approuve les punitions corporelles, plus durement il les administre. Il y aura toujours un risque que la violence monte crescendo. Il n’y a qu’à voir du côté des violences conjugales pour le constater, ça commence toujours par une insulte, une gifle et puis les coups montent en puissance jusqu’au drame.

Reprenons où nous nous étions arrêté. Natacha Polony continue sa chronique en disant qu’ils ont été à la rencontre d’une spécialiste de l’éducation bienveillante, Isabelle Filliozat. Ensuite est lancée une vidéo où Isabelle Filliozat donne sa définition de violence éducative ordinaire, VEO.

La violence éducative ordinaire, ce sont toutes ces petites violences qu’on n’interprète pas comme des violences parce que ce n’est pas avec le martinet ou que ça ne se voit pas vraiment, mais qui sont des violences parce qu’elles diminuent l’enfant. Lorsqu’on met un enfant au coin, on l’exclut et l’exclusion est une des punitions les plus difficiles à supporter pour un humain. Une autre violence éducative ordinaire pourrait être d’ignorer l’enfant, Ça peut être de le culpabiliser, ça peut être de lui dire tout ce qu’il a mal fait. Lorsqu’on a subi de la violence étant enfant, une fois adulte on va avoir tendance à passer à l’acte et donc on se retrouve comme piégé par les automatismes inscrits dans notre histoire, dans ce que nous avons subi.

Retour sur le plateau où madame Polony poursuit en disant que ce qui est expliqué ce n’est pas seulement de ne pas frapper ou faire du mal à son enfant, mais qu’elle – en parlant d’Isabelle Filliozat – explique que mettre l’enfant au coin c’est une violence, le culpabiliser c’est une violence « Ce que tu as fait c’est mal, tu devrais avoir honte de t’être comporté comme ça », ça c’est une violence.

Des rires moqueurs, des sourcils levés au ciel

Selon Natacha Polony, la violence ne peut être QUE physique. Les violences psychologiques, verbales… visiblement elle ne connaît pas, il est donc normal qu’elle ne sache pas que les punitions, l’exclusion, l’humiliation en fassent partie. Une punition n’a jamais été éducative, sinon il y a belle lurette que l’espèce humaine ne commettrait plus de crime.

Une étude scientifique datant de 2013 met en lumière le fait que les violences psychologiques ont des répercussions sur l’épaisseur des zones du cortex cérébral correspondant à la représentation de soi, ces zones sont significativement amincies par les violences, avec des troubles de l’estime de soi. De même, les zones corticales correspondant aux zones corporelles ayant subi des violences sont amincies avec des troubles du schéma corporel et des troubles sensitifs (diminution de la sensibilité et de la sensation de douleur : hypoesthésie) qui peuvent entraîner des situations de négligence et de non-prise en compte de problèmes de santé touchant ces zones.

Le pire, c’est qu’elle continue: Dire à son enfant :  « Puisque tu t’es comporté comme ça, alors je ne te parle plus », c’est une violence. Et là, vous vous dites : il me reste quoi pour éduquer mon enfant ?

Je me suis dit, mais elle a vraiment dit ça ?! Donc pour elle, éduquer ça se résume à : humilier, exclure, frapper… ? J’étais partagée entre la fureur et la tristesse, pour elle. La fureur car pourquoi autant de méconnaissance quand on prépare un sujet de ce genre? Tu n’es pas censé te renseigner un minimum? J’ai juste l’impression qu’elle est juste remplie de haine et de culpabilité « car on fait toujours mal ». L’éducation bienveillante, ce n’est pas une baguette magique et ça ne fera jamais de quelqu’un « un parent parfait » car cela n’existe pas ou ces parents-là n’ont pas d’enfants! On se trompe, on apprend et oui même que parfois on « fait mal ». De toute façon, pour certaines personnes, on fera toujours mal, n’est-ce pas Natacha?!

C’est une éducation respectueuse où l’enfant n’est pas considéré comme un adulte en miniature. Toute notre expérience, façon de faire est basée sur les dernières découvertes en neuroscience. Des découvertes qui bouleversent sa façon d’être parent, mais aussi la vision que nous avons de l’enfant. On ne cherche pas à être le meilleur parent, juste à faire du mieux qu’on peut. On veut nous faire croire que l’enfant est un être manipulateur et mauvais depuis le berceau, qu’il faut le casser très vite pour le discipliner afin qu’il puisse s’épanouir. Avec les neurosciences actuelles, on apprend que l’enfant naît avec un cerveau immature et malléable, beaucoup des « mauvais » comportements sont vus comme tels car nous avons été conditionnés comme cela.

En même temps, je suis vraiment très triste pour elle. Est-ce que ce comportement, cette promotion de la violence est dû à sa mémoire traumatique? Cette scène du parent violent et celui d’un enfant attaqué est rejouée, permettant ainsi la dissociation. Être sans pitié comme on l’a été avec nous? Interpréter en toute incohérence des réactions normales d’enfant dues à une immaturité psycho-motrice, intellectuelle et émotionnelle, à une fatigue, à un stress, à des douleurs ou un état fébrile, comme des attaques et des défis à son égard.

J’ai envie de te dire Natacha, que ce qu’il te reste c’est la possibilité de traiter ton enfant comme tu aimerais qu’on te traite, c’est-à-dire avec respect, considération et dignité.

Je poursuis. La chronique continue en prétextant que l’éducation bienveillante est une espèce de « mode » venue des Etats-Unis où on arrête de punir et dire des choses méchantes à ses enfants.

La journaliste propose à Isabelle Filliozat de lui montrer plusieurs scènes en vidéo afin de savoir comment réagir. Le piège semble se refermer sur Isabelle Filliozat..

Deuxième situation : On voit un papa en colère, attraper son enfant par le bras et l’emmener de force à table en lui disant : « Maintenant c’est à table et au lit ! » L’enfant rigole.

Isabelle explique que cette réaction est due à un cerveau sous stress, l’enfant a probablement eu peur lorsque son père l’a pris de force. Elle explique que ce rire est une libération du diaphragme pour soulager le stress.

La vidéo continue, le père, prenant cela comme un affront, attrape l’enfant et le punit dans sa chambre.

Elle explique que pour soulager la situation, le papa aurait pu prendre l’enfant dans ses bras, pour le rassurer, le calmer et se calmer lui-même. Je pense que cela a été coupé au montage, laissant penser que l’enfant est récompensé pour son comportement. Or, l’amour n’est pas une récompense, elle est un carburant. L’ocytocine est la meilleure solution pour soulager un besoin non satisfait.

Isabelle Filliozat continue en disant : « Punir permet au parent de se sentir bien car il aura cette impression d’avoir réagi au mauvais comportement. Mais en réalité, est-ce que cette punition permet à l’enfant de modifier son comportement? »

Retour sur le plateau, Thierry Ardisson :

Rire – « Je ne sais pas où vous avez été la chercher celle-là »

Je crois que cette phrase illustre parfaitement tout le respect et la considération qu’il a vis-à-dis des adultes, alors on comprend son ignoble position vis-à-vis des enfants.

Natacha continue en disant : « L’éducation bienveillante ça veut dire que, s’il y a un problème, c’est VOTRE faute. C’est VOTRE faute à vous les parents. Je pense que ces gens-là font beaucoup, beaucoup de mal. Et c’est en train de se répandre! »

Natacha, tu avais déjà perdu toute crédibilité lorsque chacun de tes arguments sur l’éducation bienveillante n’était basé que sur des clichés et stéréotypes. Mais là clairement, ça fait peine à voir. Je serais même prête à te prendre dans mes bras et te montrer que l’empathie existe car tu sembles en avoir cruellement manqué durant ton enfance.

J’aimerais tellement que tu me prouves que la violence éducative a des effets positifs, même si je peux affirmer qu’à ce jour aucune étude n’a pu démontrer un effet positif des châtiments sur le comportement et le développement de l’enfant, bien au contraire elles sont corrélées fortement à une augmentation de l’agressivité et des comportements anti-sociaux et il a été prouvé par de nombreuses recherches internationales qu’elles ont des conséquences traumatiques à long terme sur la santé mentale et physique des enfants. Elles sont également à l’origine d’atteintes neuro-biologiques et corticales du cerveau, et de modifications épigénétiques, ces atteintes étant liées au stress, au dysfonctionnement des systèmes de régulation de la réponse émotionnelle et à l’excès de production de cortisol qui est neurotoxique.

Le seul danger qu’encourt l’enfant étant éduqué dans la bienveillance, c’est de devenir un être épanoui, ayant confiance en lui, en autrui.

Par contre, est-ce que tu sais quel est le point commun entre chaque dictateur? Tous ont été violentés pendant leur enfance!

  • Hitler recevait des châtiments quotidiennement par son père.
  • Staline fut battu dès son plus jeune âge par un père irascible et presque toujours ivre.
  • Mao a souffert d’un père “à poigne”, qui a voulu lui inculquer l’obéissance et le savoir au moyen d’une discipline de fer
  • Ceausescu, lui, avait grandi dans une seule pièce avec dix frères et sœurs ; plus tard, il obligea les femmes roumaines à avoir des enfants qu’elles ne désiraient pas.

La liste d’exemples est infinie.

Lire: Le stress dans l’enfance est très nocif pour les chromosomes

La chronique est terminée, mais ce n’est pas la fin des paroles nauséabondes.

Thierry Ardisson donne la parole à Bernard de La Villardière : « Si j’ai un conseil à donner aux parents, c’est « Dites à vos enfants que vous les aimez ». Parce que moi mon père m’a cogné pas mal, même trop parfois, mais il m’a toujours dit qu’il m’aimait, et cet amour a beaucoup plus compté que tout le reste »

Vous semblez avoir appris depuis votre plus jeune âge à refouler vos souffrances, à rester aveugle à la vérité et à nier l’absolue impuissance d’un enfant humilié devant un adulte assoiffé de pouvoir.  Vous dresser face à ces personnes légitimant la violence faite aux enfants vous obligerait à ressentir votre douleur, autrefois réprimée. Vous vous en tenez à la stratégie de votre enfance, le déni. Frapper n’est pas un acte d’amour !

Je ne peux m’empêcher cette mise en situation.. Je suis une femme, mon mari me cogne pas mal, même trop parfois, mais il m’a toujours dit qu’il m’aimait, et cet amour a beaucoup plus compté que tout le reste !

Pourquoi, alors que frapper une femme et même un adulte de façon générale est considéré comme une agression et que cela est puni par la loi, pourquoi frapper un enfant serait considéré comme de l’éducation ?

Bernard de La Villardière poursuit en avouant avoir déjà mis un coup de poing à son fils.

On ne peut pas nier l’existence de la mémoire traumatique lors de ce genre de témoignage. L’enfant apprend par mimétisme et reproduit grâce ou plutôt à cause de ses neurones miroirs ce qu’il a vécu étant enfant. Et ceci ne veut pas dire c’est de VOTRE faute, ça veut dire vous avez eu une enfance difficile et vous n’y êtes pour rien. Maintenant vous avez les moyens pour sortir de ce schéma et permettre à vos enfants de s’en défaire également et ainsi libérer les prochaines générations de toute forme de violence.

Frantz Olivier Giesbert, chroniqueur, prend la parole :

« Quand l’enfant fait tomber la cuillère pour la première fois, il ne faut pas la prendre. Parce que c’est le réflexe des parents : Il va la jeter, le parent va ramasser. Et ça plusieurs fois. À la fin il devient le patron. Il faut lui expliquer dès le départ qu’il n’est pas le patron, c’est ça l’éducation. Il faut de l’autorité »

Un patron dirige, donne des instructions, les employés obéissent et appliquent ce qui est demandé, POUR le patron, et non pour eux-mêmes, sans aucune revendication possible.

Or que fait un enfant lorsqu’il jette ? Mr Giesbert le sait-il? Je ne pense pas. Le jeune enfant expérimente. Il observe, il interagit avec son parent, il joue avec lui. Où est le mal ? Ça n’est pas se soumettre à son enfant, c’est se mettre à sa hauteur. Le jeune enfant vient de maîtriser la pince fine, il arrive donc à attraper un objet, et se rend compte qu’en le laissant tomber, en effet il tombe par terre. C’est un petit scientifique, qui a besoin, tel Newton, d’expérimenter par lui-même la notion d’apesanteur. Si l’enfant témoigne son envie d’avoir à nouveau l’objet à terre dans ses mains, c’est seulement afin de réitérer cette formidable expérience ! Et si le parent en a assez de ramasser (ce qui peut se comprendre, au bout d’un moment!), il peut le signaler à l’enfant, tout simplement.

D’où l’importance de se mettre à la place de l’enfant afin de le comprendre.

L’enfant est comme un étranger qui arriverait dans un nouveau pays, dont il ne parle pas la langue, dont il ne connaît pas les codes et les valeurs.

Peut-on blâmer ainsi l’enfant, qui ne fait que découvrir son nouvel environnement et son fonctionnement ?

Peut-on punir un enfant sous le prétexte qu’il n’a pas le même développement physiologique et psychique qu’un adulte ?

Non, de même que le touriste perdu dans un nouvel endroit, on lui expliquerait patiemment où aller et que faire, on l’accompagnerait, on lui tiendrait la main…

D’ailleurs éduquer (ex-ducere) ne veut-il pas dire  »conduire à » ?

Pourquoi alors instaurer, parfois dès la naissance, un rapport de force ? ( »ne le prends pas dans les bras, il te mène par le bout du nez »…)

Est-ce qu’une telle relation peut s’épanouir dans un rapport dominant-dominé ?

N’est-ce pas attribuer une aptitude à l’enfant d’anticiper, d’élaborer, de manipuler, dont il n’est pas capable ?

Le touriste ne parle pas la langue et ne connaît pas les us et coutumes du nouveau pays, l’enfant lui n’a pas non plus les outils pour appréhender facilement l’environnement dans lequel il vit.

L’enfant n’est pas un sous-être, il est en mouvement, en évolution, de même qu’un adulte d’ailleurs, dans une autre mesure. C’est un adulte dans un autre espace-temps, et avant d’arriver au même stade que le nôtre, notre rôle est de lui montrer le chemin.

En aucun cas l’enfant est un être  »inférieur ». Cela voudrait dire qu’il n’a pas la même valeur, tout cela parce que son développement physiologique et psychique ne sont pas aboutis.

Si l’on fait le parallèle, selon les dires des journalistes de l’émission, les personnes dont le développement s’est vu entravé par la maladie ou le handicap, mériteraient aussi d’être corrigées avec des châtiments corporels si elles ne suivent pas les injonctions des adultes, de ceux qui ont pleine capacité de leurs moyens.

Est-ce qu’avoir mal, dans son corps ou dans son cœur, aide mieux à comprendre ?

Non, bien évidemment. Cela altère la confiance en soi, l’image que l’on a de soi (on peut se demander si c’est pour cela que notre journaliste fait de la télévision) et rompt la confiance en l’autre. Pire même, parfois les « bêtises » attirent davantage l’attention du parent qui punit et maltraite, donc l’enfant réitère afin d’obtenir encore et encore l’attention de l’adulte. Car s’il est facile de pointer ce qui ne va pas à un enfant, il est parfois moins évident de le complimenter et de l’inciter à avoir une attitude positive par notre bienveillance.

La bienveillance n’est pas exempte de règles, comme le touriste dans un pays étranger, l’hôte lui explique et lui montre le cadre à respecter. Les règles sont tout à fait sécurisantes quand elles ont du sens et sont constructives pour l’enfant.

Le parent se doit d’être humble, c’est l’enfant qui fait le parent. Nous ne sommes pas supérieurs aux enfants sous prétexte que nous savons gérer nos émotions, que nous sommes capables d’avoir une pensée symbolique, de nous adapter à notre environnement, que nous avons bien intégré ce qui est bien et ce qui est mal dans notre Surmoi. L’adulte doit se souvenir que lui aussi a été un enfant, en apprentissage de la vie. Ainsi il n’y a pas besoin d’un rapport de force, on peut accompagner son enfant en le respectant pour ce qu’il est, un petit scientifique. Si le parent en prend la peine, il pourra voir la vie avec des yeux d’enfant grâce au regard de son propre enfant, un regard d’explorateur et d’éternel apprenant.

Thierry Ardisson conclut cette chronique médiocre, en citant Aldo Naouri :

« Quand on est trop sympa avec les enfants lorsqu’ils sont petits, on se fait plaisir et après ils ont des vies de merde. Lorsqu’on est dur avec eux lorsqu’ils sont petits, on se fait moins plaisir mais ils ont des meilleures vies. Je trouve ça assez génial. »

Ce que je trouve génial, c’est de citer Aldo Naouri en 2018, un pédiatre réac, sexiste, misogyne, donnant des conseils sur les enfants totalement dépassés depuis des dizaines d’années.

Dans un de ses livres, Aldo Naouri parle « de ces mères entièrement dévouées et qui ne font plus l’amour après la naissance de leur bébé ». Il parle d’une consultation où il dit à un père devant sa femme : « Violez-la », précisant qu’à ces mots, le visage de la femme « s’est illuminé ».

 

Nous vous invitons à signaler l’émission au CSA !

Voici le lien


Ecrit en collaboration avec Anne-Gaëlle
Sources:
D’où vient le mal dans le monde et comment se génère-t-il ?
Pourquoi interdire les punitions corporelles et les autres violences éducatives au sein de la famille est une priorité humaine et de santé publique ? 

Justine

" L'espoir qui reste à l'humanité, c'est qu'un jour les parents puissent vraiment agir dans l'intérêt des enfants, qu'ils deviennent assez conscients pour être du côté de l'enfant et pour l'aider à se développer dans la liberté, l'intelligence et l'amour " A.S Neill

Cet article a 8 commentaires

  1. Je n’ai pas vu l’émission mais rien que de lire les citations je suis énervée.
    Pourquoi ils parlent d’un sujet qu’ils ne connaissaissent absolument pas ? Qu’ils aillent lire des bouquins c’est le développement psychomoteur et psycho affectif de l’enfant !

  2. Très bon article, je n’aurai pas fait mieux, d’ailleurs, je n’ai pas écrit sur cette émission qui m’a bien énervé. Juste pour continuer sur Aldo Naouri : c’est lui aussi qui, il y a quelques mois, s’est vanté sur un plateau de télévision d’avoir laissé des parents tuer leur enfant ! Il explique qu’il a reçu en consultation des parents qui lui ont dit vouloir tuer leur enfant et qu’ils ont fini par réussir à le faire ! Le présentateur lui demande s’il a fait quelque chose et il a répondu « non mais vous plaisantez ?! » parce que selon lui, il ne faut surtout pas culpabiliser les parents !!!!!!!!!!!! Ce mec est bon soit pour l’asile soit pour la tôle pour non assistance à personne en danger et on le porte aux nues dans cette émission après avoir ridiculisé Isabelle Filliozat ! C’est vraiment honteux et j’ai moi aussi porté plainte après du csa !

  3. Bonjour,
    Je ne connaissais pas votre site internet, et j’avoue être rassurée.
    Oui, car moi j’ai vu l’émission, et mon compagnon et moi (qui n’avons pourtant pas encore d’enfants) étions choqués! Choqués que personne ne réagisse, choqués que tout le monde renchérisse. Et là nous nous sommes demandés si nous étions bien en France et en 2018? Nous pensions naïvement que ce type d’éducation était révolue, que cela devait être soutenu par une minorité… Et nous nous sommes aperçus que « nous » étions la minorité. Minorité qui croit qu’un enfant ne mérite pas le genre de traitement qui choquerait s’il était fait à une femme ou même à un chien! Alors j’ai cherché sur internet, désespérée, afin de trouver des personnes du même avis que nous. Et j’ai vu des gens féliciter Madame Polony, « Madame Polony ministre de l’éducation »… Je m’inquiétais. Et j’ai lu votre article. Et je respire. Merci !!!
    Et comme dirait l’autre « ils sont fous ces gaulois! » et bien oui, je confirme, ils sont fous, mais heureusement pour nos enfants : pas tous!

  4. Article parfait qui décrit exactement ce que j’ai pu ressentir aussi en voyant cette vidéo

  5. Merci pour cet article, j’ai signalé l’émission au CSA. C’est vraiment honteux. Comme le dit Gwendoline, tout le monde renchérissait, il n’y en avait pas un pour rattraper, même Polony qui a pourtant passé plusieurs heures avec Filliozat. On sent bien que des le début, elle présente le sujet avec SON a priori à elle, ce n’est pas du tout objectif. J’aurai bien aimé qu’ils inventent Filliozat afin d’avoir un vrai débat !

  6. Merci pour cet article, en voyant l’émission on en arrive « presque » à douter sur notre méthode d’éducation bienveillante, je me suis même demandée s’il fallait que je change.
    Et puis j’ai réfléchi, j’ai regardé ma fille, j’ai dormi avec elle, je l’ai senti blotti contre moi, j’ai senti sa main me chercher dans le noir pour s’assurer que j’étais là. Et je me suis dit, ma fille, je ferai tout pour toi, je ferai tout pour que tu sentes bien, je ferai tout pour que tu aies confiance en moi, pour ne pas te blesser. Tu me donnes une force incroyable, tu arrives à me changer, en bien, tu n’imagines même pas le pouvoir que tu as sur moi…
    Alors jamais, je ne pourrai jamais te punir, ni te frapper, j’ai compris que tu voulais, explorer ce monde, et je vais faire un maximum pour qu’on l’explore ensemble. Je t’accompagnerai dans toutes tes démarches, nous vivrons cette vie ensemble, cette vie qui défile si vite. Nous allons apprécier chaque instant, rechercher des ressources dans chaque situation difficiles pour les affronter ensemble. Je t’ai tellement voulu que je ne peux que construire une vie fantastique pour toi.
    Nous sommes parents, et être parents ça s’apprend. Nous devons être à la hauteur de nos enfants, ils n’ont rien demandé eux, nous devons être des exemples pour eux, ne pas baisser les bras face à la difficulté des apprentissages, nous devons faire de ces êtres nos adultes de demain, respectueux, empathiques, bienveillants, …peut être pour « sauver » ce monde qui va mal.
    Cette émission m’a fait prendre conscience que la méthode prônée par les chroniqueurs, et tous fiers de la défendre, était une méthode qui aujourd’hui ne fonctionne pas, aujourd’hui nous avons des hommes, des femmes, tous indifférents les uns envers les autres, nous avons ce culte d’être au top de nos performances au travail pour gagner plus, pour avoir plus de confort, pour avoir plus de rendement. Ralentissons un peu et posons nous une minute. Vivre c’est respirer, échanger, intéragir, savourer, aimer, aider..
    Merci pour cet article qui conforte, et qui redonne de la force sur le chemin que nous prenons.

  7. Plainte envoyée.

    De l’aide pour remplir le formulaire de saisine:

    Chaîne: C8
    Programme : Les Terriens du dimanche
    Date : 04/03/2018
    Heure: 19:39 (début de la séquence)

    Motif (ma version): Des chroniqueurs minimisent, légitiment et prônent la violence à l’égard des enfants.

    Bonne saisine à toutes et à tous!

  8. Réponse du CSA reçue : « Le Conseil a observé que les partisans et les détracteurs des châtiments corporels ordinaires avaient pu s’exprimer durant la séquence signalée. Il a donc estimé que la chaîne avait garanti l’expression des différents points de vue en l’espèce. Par ailleurs, le Conseil a relevé que si les propos tenus par l’invité minimisant les conséquences des châtiments corporels sur les enfants pouvaient susciter la polémique, ils ne constituaient pas une incitation à des comportements dangereux ».

    En total désaccord avec ces observation!

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