Mon expérience d’EMDR – première partie : la mort

Mon expérience d’EMDR – première partie : la mort

Mon expérience d’EMDR – première partie : la mort

Il nous a fallu deux heures, à la psychologue et à moi, pour comprendre. Je ne vais pas dire deux heures intenses parce que l’intensité est plutôt apparue après. Une fois le voile levé ou le rideau tombé.

Dans un article précédent j’avais évoqué la possibilité de soigner un traumatisme d’accouchement par l’EMDR, pour donner des pistes aux mamans en souffrance comme moi, et je m’étais engagée à venir en parler avec vous. Depuis mon rendez-vous début juillet je n’arrêtais pas de me demander comment j’allais pouvoir retranscrire toutes ces/mes émotions et les partager avec vous… mais aujourd’hui je me lance !

J’ai envie de commencer par la fin et par dire que cette expérience m’a rendue malade, physiquement, et très mal, moralement. Après l’euphorie ressentie à la fin de la séance, comme si tout était soudainement devenu clair, le retour jusque chez moi m’a plongé dans une grande tristesse. Je ne peux donc pas nier que c’est très puissant d’aller mettre le doigt là où le bât blesse. Et c’est bien de cela qu’il s’agit avec l’EMDR.

Mais je reprends depuis le début. Comme je l’ai déjà dit j’avais l’impression d’être restée là-bas, sur la table du bloc lors de ma césarienne. Après un déclenchement inefficace et les battements de cœur de mon bébé qui nous inquiétaient, on m’y avait emmenée pour enfin rencontrer ma fille. Sauf que les choses se sont mal passées et la rencontre n’a pas eu lieu. Du moins pas ce jour-là. À la place j’y ai rencontré un anesthésiste, ni empathique ni à l’écoute mais au contraire suffisant et un peu moqueur qui ne m’a pas entendue lorsque j’ai dit ne plus être endormie et ressentir toutes les douleurs. Résultat, grosse panique et anesthésie générale… Depuis, c’est comme pour la naissance de ma fille* : je suis là (physiquement) mais en fait je ne suis pas là (psychiquement).

Quand le trauma est installé et que ça ne passe pas, il faut s’y attaquer. Le détricoter. C’est ce que j’ai fait avec l’EMDR. La psychologue m’a demandé de raconter l’évènement douloureux depuis le départ, étape par étape, en me demandant de retrouver les sensations. Est-ce que j’avais froid, ou chaud ? Quel était mon sentiment à ce moment précis ? Et on a avancé doucement de cette manière. Quand j’ai quitté la salle d’accouchement, quand j’ai laissé mon mari derrière moi, mon entrée au bloc, l’attente, …

Lorsque quelque chose, souvent un détail, me parlait un peu plus, elle faisait le fameux mouvement propre à l’EMDR et je suivais son doigt du regard. Mais rien… Honnêtement, je ne me sentais pas avancer, j’ai même pensé que cela n’avait pas d’impact sur moi parce que rien ne se déclenchait. Par contre des « détails » remontaient petit à petit et je n’aurais jamais cru être capable de revoir distinctement les images.

« Vous vous sentiez comment sur cette table ? Impuissante…

Et qu’est-ce que vous regardiez ? Je ne sais plus (dubitative, comment je pouvais me souvenir)… ah si, la porte, la porte derrière laquelle mon mari attendait, je voulais qu’il entre, en fait je me sentais seule et j’avais peur, j’ai pensé qu’on était séparé tous les trois…

Pour un instant ? Non, pour toujours… »

J’ai avancé jusque quand est venu le moment de m’endormir. Elle m’a demandé ce que j’avais ressenti, vu, et dit. Et on a trouvé le moment qui me faisait mal, réellement mal, l’élément important. Comment je l’ai su ? Parce que j’ai pleuré. Ma gorge s’est serrée. Quand j’ai expliqué que j’avais dit que ma fille allait être toute seule, dans la panique et juste avant qu’on me pose le masque, tout s’est effondré. Quelque part ce n’était pas une surprise. Et on a travaillé sur ce point précis. Elle m’a exposé plusieurs hypothèses et m’a demandé de me concentrer dessus en suivant le mouvement des yeux. Mais de nouveau, plus rien. J’étais un peu découragée, mais pas elle. Elle m’a dit qu’on allait trouver, et on a trouvé.

Elle m’a demandé comment je me voyais à ce moment-là, une fois mon bébé dehors. Un peu comme si j’étais sortie de mon corps et que je me regardais. Et là très spontanément j’ai dit « comme morte ». Surprise elle m’a alors demandé si, quand j’ai dit que ma fille allait être toute seule, je parlais bien des premiers instants. Et toujours avec la même spontanéité, presque comme si ce n’était pas moi qui parlais, j’ai répondu « non, pour toujours ». C’était évident pour moi, comme si je l’avais toujours su, alors que quelques instants plus tôt je n’en avais absolument pas conscience.

« Vous avez pensé rater le premier regard, le premier peau à peau uniquement ? Ah non, tout. On ne se connaîtrait, jamais se voir. D’ailleurs (oui, je ne m’arrêtais plus sauf pour pleurer) quand je me suis réveillée je n’arrêtais pas de demander son poids et son heure de naissance parce que je pensais qu’avant de partir je ne connaitrais que ça d’elle.

Mais vous étiez bien vivante puisque vous étiez en train de vous réveiller ? Ah non, pas du tout. J’étais en train de partir, comme quand on quitte son corps. »

Dans la panique et sous la douleur, comme pour se protéger, une partie de moi a intégré l’idée que j’allais mourir. Je n’ai pas seulement eu peur de mourir, je l’ai accepté avant de fermer les yeux. Et, même si ça peut paraître étrange parce que je suis bel et bien debout, cette partie est toujours là, en moi.

Énormément de choses se sont mises en place et sont devenues limpides. Par exemple, le lendemain quand la famille proche est venue me voir, ils sont tous entrés en silence dans la chambre. Normal vous allez me dire, quand on rend visite à un nouveau-né. Moi je leur ai tout de suite dit que ce n’était pas un enterrement et j’étais vexée. Après coup je pensais que c’était pour détendre l’atmosphère mais non, ça ne l’était pas, car j’ai un vrai souvenir de malaise.

Manque de chance, j’ai également contracté une infection suite à ma césarienne. J’ai passé des heures à pleurer et à répéter à mon mari que j’allais en mourir, j’en étais certaine ! Je me voyais comme en phase terminale. Parfois je pleurais en regardant ma fille, persuadée que ce bonheur n’allait pas durer, que je ne la verrais pas grandir. Il n’y avait aucune raison de penser cela. Mais c’est cette partie de moi qui s’activait et qui me plongeait dans une autre réalité.

Est-ce que dès le lendemain je me suis sentie vivante ? Non, très déprimée au contraire. Les premiers jours j’ai même un peu regretté d’avoir fait cette séance. Est-ce que maintenant je me sens en vie ? Beaucoup plus en tout cas, ce qui me fait espérer que je suis dans la bonne direction. Est-ce que j’aurais pu comprendre tout cela sans l’EMDR ? Non je ne crois pas, c’est quand même un peu fou quand on y pense. Pourtant c’est devenu tellement évident que cette pensée était derrière bon nombre de mes réactions/comportements.

Le plus beau, c’est que 20 jours plus tard ma Louise a commencé à dire maman comme si, enfin, j’étais bien là. Bon certainement aussi parce qu’avant ses 9 mois, c’était un peu tôt ! Mais je l’ai pris comme un signe, un beau cadeau de sa part très encourageant. <3

Une deuxième séance est prévue pour faire un renforcement positif. Le but cette fois, au lieu de détricoter le négatif, est de renforcer le sentiment de vie. La psychologue souhaitait que cela s’enchaine rapidement mais personnellement j’ai eu besoin de laisser du temps et d’avancer seule. J’y retournerai pour achever le processus et aussi tourner la page de cette « expérience », de cette première année, afin d’être « guérie » pour le premier anniversaire de ma fille*.

*À la relecture je constate que j’ai tapé « vie » au lieu de « fille », deux fois… un joli lapsus plein de sens…

Lire aussi : Mon expérience d’EMDR – deuxième partie : l’antidote

Nicolas

Papa d’amour à 3 enfants ( 4a - 3a et 1a.) Je suis de Bretagne dans le Morbihan

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