Le colostrum, cet or liquide

Le colostrum, cet or liquide

La quantité de votre colostrum est parfaitement adapté à l’estomac de bébé !

Le colostrum est le liquide sécrété par les seins pendant les premiers jours avant l’accouchement (et parfois pendant la grossesse). Il est habituellement plus jaune et plus épais que le lait mature. Il a des propriétés nutritionnelles, anti-infectieuses et autres, particulièrement bien adaptées aux besoins du nouveau-né, ce qui permet de le considérer comme de « l’or liquide ». Sa coloration jaune est en rapport avec son taux très élevé en bêta-carotène.

Des caractéristiques spécifiques

Le colostrum a une densité plus importante que le lait mature. Son volume varie considérablement en fonction des mères : de 2 à 20 cc par tétée pendant les 3 premiers jours, avec un total de 37 à 100 cc / 24 heures, en fonction de la fréquence des tétées. Le colostrum apporte 58-67 kcal / 100 cc (70-75 kcal pour le lait mature). Il contient moins de lac­tose et de lipides que le lait mature, mais il contient environ 2 fois ½ plus de protéines. La nature de ses lipides est différente ; son taux d’acides gras à courte chaîne est plus bas, tandis que celui du cholestérol et des acides gras à longue chaîne est plus élevé que dans les lipides du lait mature. Le profil des acides gras du colostrum (comme celui du lait mature) varie suivant les apports alimentaires maternels (de loin le facteur le plus important), la parité, la durée de la grossesse, et certaines maladies.

Un concentré d’anticorps

Le profil protéique du colostrum est très particulier. Il contient moins de caséine, et 2 à 5 fois plus de protéines ayant des propriétés anti-infectieuses, telles que la lactofer­rine, le lysozyme, la lactoperroxydase, et bien entendu les immunoglobulines, dont le taux est jusqu’à 100 fois plus élevé dans le colostrum que dans le lait mature. Lorsque le volume de la sécrétion lactée augmente, le taux relatif de ces immunoglobulines diminue, la quantité totale reçue par l’enfant restant constante.

Un taux élevé de vitamine liposolubles

En dépit d’un taux de lipides relativement bas, le colos­trum contient des taux élevés de vitamines liposolubles. Il contient 5 à 10 fois plus de caroténoïdes, 3 fois plus de vita­mine A, 2 à 4 fois plus de vitamine E. Une étude a constaté que les enfants qui absorbaient au moins 350 ml de colos­trum pendant les 3 premiers jours de vie étaient protégés vis-à-vis de la carence en vitamine K (Motohara et al, Pediatrics, 1989). Le taux de la plupart des vitamines hydrosolubles est plus bas dans le colostrum que dans le lait mature, sauf la vitamine B12, importante pour le développement du système nerveux de l’enfant. Le colostrum contient aussi davantage de minéraux et d’oligo-éléments, en particulier de sodium, de potassium, de chlore, de cuivre et de zinc.

Des facteurs immunomodulateurs…

Les oligosaccharides et les glycoconjugués constituent une famille rassemblant de nombreuses molécules compor­tant des sucres liés à des protéines ou des lipides. Leur taux est plus élevé dans le colostrum que dans le lait mature. Ils ont un rôle nutritionnel et protecteur. Ils apportent aussi de l’acide sialique, nécessaire pour le développement du sys­tème nerveux central. Le colostrum contient aussi des taux élevés de facteurs de croissance et de facteurs régulateurs, comme l’insuline, le cortisol, le facteur de croissance épi­dermique, l’insulin-like growth factor-1… L’absorption de colostrum active de façon importante la synthèse protéique chez le nouveau-né. Certains tissus, comme le cerveau, les muscles squelettiques ou le tube digestif, répondent à ces hormones et à ces facteurs de croissance en augmentant leur synthèse protéique. La constatation d’une stimulation au niveau de tissus autres que ceux qui sont directement expo­sés au lait maternel (muqueuse digestive) permet de penser soit que ce facteur passe dans la circulation de l’enfant, soit qu’il déclenche un signal à partir du tube digestif. On ignore actuellement quel est exactement le facteur responsable de cette stimulation de la synthèse protéique.

Les nucléotides et les nucléosides sont une autre famille de molécules dont le taux est plus élevé dans le colostrum. Ces substances appartiennent à la fraction azotée non protéi­que du lait maternel. Elles augmentent la production des anticorps, l’absorption du fer, la synthèse des acides gras polyinsaturés à longue chaîne, et celle des lipoprotéines de haute densité (HDL). Les ribonucléosides inhibent la prolifé­ration des cellules malignes, et activent l’apoptose.

Le colostrum contient aussi des facteurs immunomodu­lateurs. Leur rôle reste encore mal compris. Par exemple, le colostrum stimule la sécrétion de cytokines par les mononu­cléaires périphériques. Cette modulation pourra avoir un impact durable sur la façon dont évoluera le système immu­nitaire de l’enfant. On a constaté que les lymphocytes du lait pouvaient passer dans la circulation sanguine de l’enfant. Ils pourront alors activer le système immunitaire de l’enfant, qui est très immature à la naissance. Les cytokines du colostrum ont un impact anti-inflammatoire et immunosup­presseur, qui protègera l’enfant vis-à-vis de réactions in­flammatoires indésirables, et pourront induire une tolé­rance vis-à-vis de la flore bactérienne commensale ou des antigè­nes alimentaires. Le taux des facteurs anti-infectieux est encore plus élevé dans le colostrum des mères ayant accou­ché prématurément, en particulier le taux des IgA, du lysozyme, de la lactoferrine, et de toutes les classes de leu­cocytes.

… et des cellules vivantes

Le colostrum contient plusieurs millions de cellules vi­vantes par ml : leucocytes essentiellement, et cellules épi­théliales sécrétoires. Elles joueront un rôle important dans la protection de l’enfant. Les pourcentages relatifs des clas­ses de leucocytes sont variables, avec des taux de neutrophiles allant de 15 à 60%. Les lymphocytes consti­tuent environ 4% de ces cellules en début de lactation, pour atteindre 10% dans le lait plus mature. Les autres cellules sont des macro­phages. Dans le lait mature, les macrophages seront prédominants. Les neutrophiles sont capables de pha­gocy­tose, mais ceux qui sont dans le lait sont moins actifs que les neutrophiles du sang. Leur rôle pourrait être essen­tiellement de prévenir les mastites. Les lymphocytes appartiennent aux familles B et T. Ils peuvent survivre jusqu’à une semaine dans le tube digestif de l’enfant. Les lymphocytes B présents dans le lait synthétisent essentielle­ment des IgA sécrétoires dirigés contre les germes auxquels la mère a été exposée. Ils vont tapisser la muqueuse diges­tive de l’enfant pour la pro­téger.

Un liquide qui reste méconnu

Le colostrum est particulièrement adapté aux besoins du nouveau-né à tous points de vue. Son taux élevé de facteurs immunocompétents protège l’enfant pendant la période où il doit passer de la vie intra-utérine en milieu stérile à la vie extra-utérine et à la colonisation microbienne. Ses propriétés laxatives favorisent l’élimination du méconium. Sa richesse en protéines et son taux bas de lipides est adapté aux réserves nutritionnelles du nouveau-né. Il favorise la stabilisation de la glycémie. Il a d’importantes capacités anti-oxydantes, par le biais de l’acide urique et d’une molécule similaire à l’ascorbate. On a constaté que le colostrum abaissait davantage que le lait mature le risque d’entérocolite ulcéronécro­sante ; cela pourrait être en rapport avec la ri­chesse particulière du colostrum en molécules anti-oxydantes et anti-infectieuses.

Il est donc désolant que de nombreuses cultures limitent ou empêchent l’enfant de recevoir ce précieux don de la nature. Cela n’est pas nouveau. Autrefois, dans certaines cultures, l’enfant n’était mis au sein de la mère qu’après la montée de lait, et parfois pas avant plusieurs semaines, en raison de la conviction que le colostrum était dangereux. C’est encore le cas dans de nombreuses régions d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ; le colostrum est considéré comme impur et dangereux ; il est supposé donner la diarr­hée, faire vomir l’enfant, ou pouvoir le tuer. Il est donc tiré et jeté, l’enfant recevant d’autres aliments en attendant la montée de lait (lait animal, eau sucrée, miel, bouillie de céréales, tisanes variées, huile, vin…). Ces pratiques exposent l’enfant à des contaminations potentiellement dangereuses. Il est donc important de faire connaître largement aux familles les remarquables propriétés du colostrum, qui lui font mériter la dénomination « d’or liquide ».

Extrait des Dossiers de l’Allaitement numéro 57 (oct-nov-dec 2003) — La leche league

D’après : Colostrum : « liquid gold ». CJ Chantry.
ABM News and Views 2002 ; 8(4) : 29.

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