La vision du lit à barreaux selon Maria Montessori

La vision du lit à barreaux selon Maria Montessori

La vision du lit à barreaux selon Maria Montessori

Le lit des enfants qui savent déjà se mouvoir seuls est une hérésie. Différent du berceau qui a sa beauté et son moelleux, différent du lit des grandes personnes fait pour s’étendre commodément et dormir, ce que l’on appelle « le lit d’enfant » est la première prison qu’offre la famille à ces êtres qui luttent pour leur existence intellectuelle. La haute cage de fer dans laquelle les parents les font descendre pour trouver le gîte forcé est à la fois une réalité et un symbole. Les enfants sont les prisonniers d’une civilisation construite exclusivement par l’adulte pour le bien de l’adulte, qui se resserre toujours davantage, ne laissant à la liberté de l’enfant qu’un espace progressivement réduit.

Le lit de l’enfant est une cage surélevée afin que l’adulte puisse manier l’enfant sans avoir le mal de se baisser ; il peut ainsi abandonner cet être qui, sans doute, va pleurer, mais il ne se blessera pas. On fait l’obscurité autour de lui ; ainsi, qu’en viendra le jour, la lumière ne le réveillera pas.

Une des premières aides à la vie psychique de l’enfant est la réforme du lit et des habitudes relatives au long sommeil imposé. L’enfant doit avoir le droit de dormir quand il a sommeil, de s’éveiller quand il a fini de dormir, et de se lever quand il le veut. Aussi conseillons-nous l’abolition du classique lit d’enfant et son remplacement par un matelas très bas, recouvert d’une couverture, sur lequel l’enfant peut se coucher et qu’il peut quitter à sa volonté. Bien des détails apparemment difficiles à résoudre peuvent trouver leur solution au moyen de réformes simples. Celle-ci est économique, comme toutes les réformes qui aident à la vie psychique de l’enfant ; celui-ci a besoin de choses simples. Et le peu de choses qui existent pour lui sont compliquées d’obstacles contre sa propre vie. Beaucoup de familles ont adopté cette réforme. Les enfants vont spontanément se coucher le soir, tout joyeux, et, le matin ils se lèvent sans éveiller personne.

Ces erreurs prouvent combien l’erreur est profonde dans l’organisation de la vie des enfants, et comme l’adulte, tout en se fatiguant pour le bien de l’enfant, va véritablement à l’encontre des besoins de celui-ci. Il faut donc que l’adulte essaye d’interpréter les besoins de l’enfant pour les comprendre et les seconder en lui présentant une ambiance appropriée. C’est ainsi que peut s’ouvrir une ère nouvelle de l’éducation, celle de « l’Aide à la Vie ». Il faut clore l’époque où l’adulte considérait l’enfant comme un objet qui se prend et se transporte n’importe où quand il est petit, et qui, plus grand, n’à qu’à suivre et obéir. Il faut bien que l’adulte se persuade qu’il doit n’occuper qu’une place secondaire. ; il faut qu’il s’efforce de comprendre l’enfant avec le désir de se faire son auxiliaire. Voilà l’orientation que devraient adopter les mères et éducateurs. Si la personnalité de l’enfant – qui est faible – doit être aidée dans son développement par celle de l’adulte – qui est puissante – il faut que celle-ci sache se faire indulgente et, prenant comme point d’appui le guide que construit pour lui l’enfant, considère comme son propre honneur de pouvoir le comprendre et le suivre.

Maria Montessori – « L’enfant »

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« L'espoir qui reste à l'humanité, c'est qu'un jour les parents puissent vraiment agir dans l'intérêt des enfants, qu'ils deviennent assez conscients pour être du côté de l'enfant et pour l'aider à se développer dans la liberté, l'intelligence et l'amour »A.S.Neill
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